Archive pour mai, 2009

Un jour à Gennevilliers

Nicolaj est un ami brocanteur, et aussi un peu magicien. Il restaure du mobilier industriel désuet voire totalement flingué pour en faire des œuvres design et fonctionnelles, ce qui est un bon tuyau, mais demande du temps, de la constance, d’avoir un camion, et de ne pas avoir peur de l’aube, car il faut bien aller courir les brocantes, les marchés aux puces, et les vide-grenier de bonne heure pour y trouver des perles. Il surfe sur la tertiarisation de l’économie française. Il est une personne capable par exemple de donner une nouvelle vie à d’anciens casiers en fer rouillé de la SNCF et d’en faire des meubles de rangement trouvant parfaitement leur place dans un loft de Montreuil, entre les plantes vertes, le monochrome, et l’électro minimaliste. Il sait reprendre les lampes d’atelier qui ont servi un temps ancien à éclairer l’ouvrage de soudeurs, de manœuvre, de tourneurs pour les transformer en lampes de bureaux d’architecte ou de journalistes. Il sait parler aux portails en fer forgé, ou à ce genre de trucs. Il reconnaît à l’œil, avant même d’avoir commencé à gratter avec l’ongle la couche de peinture écaillée, la qualité d’un métal. Son métier est un beau métier, car chaque jour est différent, et on peut participer. D’autres de mes amis travaillent dans le contrôle de gestion, ou l’aide au développement, et ce sont aussi de beaux métiers, mais on ne peut pas vraiment participer.
Aujourd’hui, j’ai accompagné Nicolaj dans une usine désaffectée de Gennevilliers, en banlieue Nord de Saint-Ouen, pour aller retirer du toit une trentaine de grandes lettres de métal, d’un mètre de haut, qui formaient les mots « Pompes à vide » – « Compresseurs » – « Pompes à vide » (deux fois). Les lettres se dressaient tout en haut de la façade, comme à Hollywood, sauf que c’était à Gennevilliers.
On est arrivés ce matin, après avoir loué pour la journée à Kiloutou un groupe électrogène et une scie-sabre, et il pleuvait, ce qui renforçait le charme de l’endroit, comme dans un film de Ken Loach, un téléfilm d’Olivier Marshall, ou un documentaire sur le déclin de l’industrie lorraine, comme dans une chanson de rock garage. L’usine fabriquait autrefois des pompes à vide et des compresseurs, comme indiqué sur le toit. La production s’est arrêtée récemment.
Les poubelles de l’immense entrepôt au rez-de-chaussée regorgeaient encore de gobelets de café et de bouteilles de pastis, preuve que c’était une usine dans laquelle on travaillait. J’ai marché un peu pour voir, dans cette étendue de désolation, avec mon carnet de notes, comme un huissier qui viendrait constater les dégâts, ou un inspecteur des travaux finis pour toujours. Sur les établis, des bombes de néoprènes, des crochets de fonte tombant du plafond reliés à des treuils, au sol des lignes jaunes déjà franchies et des bâches à bulles perforées, des bidons renversés délivrant des petites masses d’huile. Plus loin, des tuyaux de PVC reliés à rien ni nulle part, la France est devenue un pays de services, dans une odeur de fioul, de mazout, de solvants. Des gaines électriques enroulées sur elles-mêmes et accrochées à des poutres pendent dans le vide comme la corde du pendu. Combien de reclassements, combien de départs en retraite anticipée, combien de piquets de grève, et sans la Crise, que se serait-il passé ? L’endroit pose les questions sans apporter les réponses.
J’ai demandé au propriétaire des lieux, qui est aussi l’actionnaire majoritaire, si la production a été délocalisée. Il ne savait pas si on pouvait le dire ainsi, parce qu’elle a été relocalisée en France, et que d’après lui, les délocalisations, c’est toujours en Chine ou en Pologne.  
Ce soir, je suis allé faire les recherches nécessaires sur Internet. L’usine est recensée dans un site consacré au patrimoine historique de Gennevilliers. L’édifice, en béton armé, a été bâti en 1949 par l’architecte Paul Biou. On retrouve également l’édifice dans le cahier de références du cabinet Greenaffair de mars 2009. A sa place, il est prévu la construction d’immeubles de bureaux financés par SPIE Batignolles.

Ce matin, donc. On monte à l’étage dans le bureau de l’ancien directeur du site. Avant que nous nous attaquions aux lettres, il veut que nous signions une convention. Il nous demande si nous avons tous les trois des papiers français, puis il nous fait lecture du texte qu’il a écrit. Il y est explicité que les garde-fous sur le toit sont complètement délabrés, et que nous nous engageons à porter des harnais de sécurité, et qu’il retire sa responsabilité en cas d’accident. Il sait bien que nous n’avons pas de harnais, mais il s’en fout, il veut se couvrir, « on sait jamais ce qui peut arriver, hein ». Lui porte un complet cravate, et revend ainsi, 200 € les trente lettres, plusieurs milliers d’Euros les tonnes de métal incrustées dans l’usine un peu partout et qui serviront de matière première à des ferrailleurs, les vestiges de ce qui servait jadis à fabriquer des pompes à vide et des compresseurs, il dépèce ainsi avant sa future destruction et en toute illégalité son usine…Il n’y a plus d’ouvriers, il n’y a que des charognards, et nous en sommes. On monte sur le toit. On attaque la première lettre. La lame déglutit lentement les tiges de fer blanc qui maintenaient droites les lettres, lorsque la troisième tige saute, la lettre libérée vacille un peu dans le vent, à vingt mètres de haut, juste au-dessus de la rambarde, les passants sur le trottoir nous regardent inquiets, au loin, le panache de fumée d’autres usines, et plus loin encore, le sacré-cœur posé sur Montmartre. Trois heures après, toutes les lettres ont été liquidées, nous regardons notre œuvre en fumant une clope.
Après, il faut descendre les lettres dans le camion. Après encore, il faudra les décaper, les patiner, les lustrer, puis les entreposer, puis les vendre.
Vous pouvez venir admirer les lettres, et d’autres choses aussi, dans la belle boutique que Nicolaj vient d’ouvrir tout près du canal Saint-Martin, rue de l’hôpital Saint-Louis, juste à côté de la rue de la Grange aux belles, dans le 10ème arrondissement.

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Les oiseaux

Il y a une photo carte postale de la plupart des villes du monde. La tour Eiffel le Christ de Rio le paysage qui s’ouvre sur les murailles de l’autre côté du Guadalquivir depuis les rives gitanes de Triana à Séville la cinquième avenue de nuit avec les enseignes au néon des grandes marques japonaises la place Djemaa-el-Fna de Marrakech au soupir du jour lorsque les ampoules s’allument sur les stands des marchands d’orange.

A Essaouira, c’est la vue de la Medina bercée par les flots et surplombée par les mouettes qui viennent casser leur vol désordonné contre les murailles de pisé, qui fait office. Les mouettes sont importantes à la composition photographique ; tranchant avec la mécanique statique et les couleurs de la scène, l’ocre du sable des murs, et le bleu du ciel et de l’océan, elles apportent de la blancheur et de l’animalité.

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De fait, elles sont extrêmement nombreuses. Je n’ai jamais de ma vie vu autant de mouettes réunies. La jetée qui longe le chenal du petit port d’Essaouira est étroite. C’est juste un ruban sur lequel viennent s’entasser le jour des caisses de poissons fraîchement débarquées, et des touristes appareillés, tant l’endroit est photogénique avec en plus ses chats qui dorment au soleil et ses vieux arabes qui recousent leurs filets, ou font semblant.

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Naturellement, c’est ici que se concentrent les mouettes, pas pour la postérité photographique, mais pour la pouascaille. 100 ou 200 mouettes qui tournent ainsi dans les airs, quelques mètres à peine au-dessus des têtes, et qui atterrissent parfois pour souffler un peu.

C’est drôle, la mouette est un oiseau plutôt séduisant. De grandes ailes déployées qui semblent trop grandes pour elles, elles volent en diagonale, ou en chassé, comme les crabes, sans les utiliser. Paraissant toujours un peu déséquilibrées par ces excroissances qu’on dirait découpées dans du carton pâte tant elles semblent rigides, elles flottent dans l’air instable, prises dans les bourrasques comme un bouchon dans les flots.

Souvent elles volent sur le côté, en torpille, et comme des B-52 dont les réservoirs auraient été touchés par la balistique ennemie, on croit qu’elles vont aller s’écraser sur les bandes sableuses, mais toujours elles se redressent, et corrigent leur trajectoire avant l’impact. Quand la mouette se pose, on peut voir son œil, cerné d’un liseré rouge, et une tache rouge sur son bec jaune. En vol, ses pattes, légèrement rétractiles, serrées l’une contre l’autre, sont protégées par un petit auvent de plume.

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Eh bien, de les voir aussi nombreuses, comme là pour faire la manche, se bastonner pour une paire d’arêtes, macule leur blancheur. La loi du nombre. De même que le pigeon sauvage touché au tir paraît extrêmement digne, préparé dans deux feuilles de brick en pastilla marocaine, et le pigeon parisien parasitaire, les mouettes d’Essaouira, discréditées par la foule qu’elles composent, font « sales » et on pense dans le torrent de leur déjections blanches qui s’abat sur le sol à la grippe aviaire, ou à n’importe quelle pandémie.

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Est-ce la même chose pour les hommes ?

J’ai connu un ami berger. Quand j’allais le rencontrer au fond de sa bergerie, sur le plateau de Nevaches, les joues rosies par trois mois d’estive, les cheveux longs et craquant comme de la paille, le visage buriné par l’air de la montagne, je le trouvais toujours beau. L’aurais-je croisé un matin dans le métro (et la mouette ?!) sur les coups de neuf heures, entre attaché-case et déodorants, je l’aurais peut-être pris pour un clochard.   

Gauloises bleues

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Je suis arrivé cet après-midi à Essaouira, ancienne Mogador sous protectorat français, dans un bus en provenance de Marrakech, dans lequel ma voisine de siège était une fille voilée de noire jusqu’à ses cils superbement maquillés de noir, son visage couvert par un morceau de crêpe. Elle avait un regard charmeur comme un serpent de Djemaa-el-Fna et une sorte de beauté musulmane et gothique à la fois, elle m’a offert un stylo avec lequel j’ai pu prendre quelques notes sur son physique. Essaouira est une petite ville côtière marocaine dont la médina encerclée de beaux remparts de pisé battus par les vagues de l’océan est classée dans les fichiers de l’UNESCO ; les ruelles étroites et interdites à la circulation, les petites placettes, les volets bleus, rappellent un peu la Provence, ou la Grèce, le Sud, en tout cas. La ville est perpétuellement rafraîchie par des vents marins, c’est la première chose qu’on constate en sortant du bus, et de la fournaise marrakchie. La deuxième, c’est l’odeur de la mer, le sel et les poissons. La troisième, c’est que les chats ici semblent en meilleure condition que leurs homologues de Casablanca et de Marrakech ; l’écosystème marin leur va bien, et on les retrouve toujours à flâner près du port et des petits restaurants de plage, comme des retraités sur la promenade des anglais, à Nice.

Après avoir déposé ma valise, je suis allé déjeuner près du port, dans une gargote, une cabane de bois peinte en bleue et blanc, avec une toile cirée de carreaux bleus et blancs, et collante de la graisse de poissons qui m’avaient précédé là. Un marocain, avec une blouse blanche en liseré rouge, floquée Coca cola, et tâchée de tâches qui ne partent pas, est là, devant son étal achalandé de poissons frais qui goutte sur le sol et sous le soleil. Comme il est seize heures, et que les tables sont vides, je réussis à faire baisser le prix de mon goûter à vingt dirhams. Il m’attrape une poignée de petites crevettes roses, il y a une balance, mais il ne les pèse pas, c’est la poignée qui compte. Je les demande bien grillées. Quand elles reviennent, accompagnées d’une salade d’oignons, de poivrons, de tomates, et entourées de quartiers de citrons verts jaunes  - est-ce des citrons verts qui ont trop pris le soleil, ou des citrons jaunes encore jeunes, ou de vrais bâtards ? elles ont perdu leur odeur un peu nauséeuse et leur peau d’écaille est noircie par endroit, il insiste sur ce fait pour me montrer qu’il les a bien fait griller ! Je les décortique tant bien que mal, le petit corps nu de la crevette étêtée mesure pas plus d’un centimètre la plupart du temps, mais il y en a bien une cinquantaine. Un homme en costume arrive avec ses enfants, je crois que c’est le patron, il demande qu’on remette de la glace sur l’étal et eux s’attablent, trois poissons frits les rejoignent bientôt. Ils mangent méthodiquement, sans un mot. Il y a du soleil et des nuages filtrants, la mélodie des mouettes. Tout es tacite. Il y a des chats qui attendent pour débarrasser la table. Après il faut s’y reprendre vingt fois avant de réussir à allumer une cigarette, à cause du souffle discontinu du vent. Elle se fume en lisant le Monde acheté juste avant. A l’heure du café, « Mme Lagarde refuse la rigueur et croit à une reprise graduelle ». Albanel avoue que son cabinet est peuplé de balances. Gasquet, que je prenais pour un gamin capricieux, gâté, et sans caractère, me devient sympathique au moment où j’apprends qu’il a été contrôlé à la cocaïne à Miami, ce qui est un bon endroit pour. Le fait que la soirée incriminée se soit déroulée en la présence de Sinclair constitue t-elle une circonstance atténuante ? Est-ce une bonne ligne de défense ? A force de trop jouer avec les lignes…il y a beaucoup de blagues à faire. Gasquet a toujours eu un joli revers. Celui de la médaille aujourd’hui.

Il y eut plus tard un autre moment arabique dans ma journée de touriste feignant de ne pas l’être. A propos de la condition de touriste, Gabriel Lindero, un écrivain imaginé derrière lequel se cache Philippe Lançon, critique Livres à Libé, chroniqueur à Charlie, dit des choses pleines de vérité dans Je ne sais pas écrire et je suis un innocent, son unique roman. Il a passé plusieurs mois à Cuba, il a fini par se marier avec une cubaine, Pilar. Un jour, il aide les cousins de Pilar dans les travaux aux champs. Al campo. Passe un groupe de touristes à cheval, qui, dans la clarté aveuglante d’un après-midi sous les tropiques, lui sous son chapeau de paille, la barbe mal rasée, le prennent pour un authentique paysan cubain, et veulent le prendre en photo. En réaction, il crache par terre. Il écrit : « Je me sens à la fois supérieur et honteux, courageux et ridicule. Suis-je si différent d’eux en paysan d’opérette ? Il est possible que je réalise leur fantasme : la noyade sans risque, pour quelques jours, dans la culture des autres. Je reprends ma bêche et ma rangée de terre molle. Je me sens un petit homme déblanchi et sans fardeau. Un touriste authentique, qui cherche le coin sans touristes et « fait » ce que les autres ne « font » pas. Je me crierai volontiers en dedans : « Je ne suis pas un occidental. Je suis un homme libre ! ». Mais personne ne m’entendrait, pas même moi. Les touristes s’éloignent dans la chaleur. Je suis le prisonnier déguisé d’un tableau tropical peint par un artiste romantique et tuberculeux du XIXème siècle ».

Je suis allé au hammam, pas celui dont l’entrée carrelée brille la javel, équipé d’un terminal pour carte bancaire, avec le gommage à 70 dirhams inclus et des émulsions spéciales à la fleur de rose, et dont le flyer promet un moment de relaxation paradisiaque. Pas celui du Routard. Le hammam du peuple ! Entrée à cinq dirhams. Je m’y fais conduire, il n’y a pas d’enseigne. J’achète à l’entrée un gant de crin et un petit berlingot de savon noir, ce savon qui ressemble à du caramel mou, et qui sent fort. On me tend deux seaux, j’entre dans une grande pièce de vapeur. Les murs portent des traces de moisissure, la chaux sur les plafonds voûtés s’effrite. Je demande de quand date la dernière réfection du hammam. On me répond que ça fait à peine deux années, mais l’atmosphère liquide a déjà attaqué toutes les parois. Je m’allonge sur le sol, les seaux qu’on y posent résonnent longtemps d’un bruit sourd et mat, comme les grandes cloches des églises. Il n’y a aucune ouverture par où s’enfuir, et c’est valable pour le son, pour la chaleur, pour l’humidité, le hammam offre le huis clos d’une grotte souterraine ou d’une maison troglodyte – pas d’ouverture, et la lumière blafarde ne provient que d’une seule ampoule, qui tombe du mur à nu, qui tombe des nues. Je suis le prisonnier en caleçon à fleur d’un tableau maghrébin millénaire.

En face de moi, il y a Aziz, 24 ans, plein de mousse, électricien, qui travaille pour un Français, Guy, qui s’est acheté un terrain et est en train de se construire une villa. Aziz trouve que Guy est gentil : les bonnes journées, il touche presque 300 dirham, s’il a bien travaillé. Il a une manière admirable de marquer son acquiescement à une question, quand il prononce un oui, il prend la peine de détacher les syllabes. Ou-i. Jamais de ouais, de hein, ou d’onomatopées à moitié avalées – comme si je lui faisais passer un oral de langue française.

En sortant du hammam, on transpire encore. Bienveillant, on se fait offrir le thé à la menthe  - trop sucré. Les pieds dans un seau d’eau tiède, le corps enroulé dans une serviette, on attend que ça se passe.

 

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Le retour du chat

 

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On ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie. Ça ne tiendrait qu’à moi, le chat fumerait quotidiennement sur cette interface rouge et noire, mais il faut bien aussi gagner sa croûte en produisant des rapports, et il faut aussi penser à aller s’inscrire aux allocations chômage, ou visiter les jardins du château de Versailles, il faut aussi boire du merlot cuvée Roche-Mazet, 5 euros chez l’épicier, fruité, délicieux, le meilleur rapport qualité/prix qui soit, ou faire la tournée des concessionnaires Peugeot pour obtenir un devis raisonnable pour la réparation d’un scooter endommagé, passer au pressing, sortir sur des corners, chercher des boucles d’oreille, se coiffer avec du gel, se laisser pousser les ongles, autant d’activités qui ont eu tendance depuis quinze jours à me tenir éloigné de la vie du chat, et je m’en excuse auprès de lui.

Alors ce soir, je le rattrape par la queue…On est tous les deux dans une chambre d’hôtel 5 étoiles au sixième étage de la vue sur Casablanca, et lui ronronne sur la moquette épaisse, pendant que je lui cherche les puces.

Casablanca est une grande ville de 5 millions d’habitants, la cinquième plus grande métropole africaine, il fait beau et chaud comme un printemps marocain, et le soir, la moitié de la ville s’assoit en terrasse le dos au mur et le regard sur l’horizon, en commandant des thés à la menthe ou des cafés.

On peut fumer à l’intérieur des bistrots, le café est servi dans un verre en verre, et les cubes de sucre ne sont pas rectangles, et n’ont pas tous la même forme. On reconnaît un pays développé comme la France au fait que tous les morceaux de sucre ont le même calibrage, ainsi qu’au fait qu’on peut passer 24 heures en garde à vue, pour un SMS licencieux.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/05/04/garde-a-vue-pour-avoir-recu-un-sms-tendancieux_1188469_3224.html

A Casablanca, quand on est installé en terrasse, on peut voir passer des vieux arabes sur des mobylettes d’occasion qui ressemblent au vieil arabe du film de Kechiche, la graine et le mulet.

Cet après-midi, je suis allé faire un footing sur la corniche sous le soleil de quatorze heures.

J’ai longé la plage d’un bout à l’autre jusqu’à arriver à l’état liquide à un petit promontoire, tout au bout de la corniche, bâti à la chaux blanche, un petit Mont saint-michel mauresque, avec les arêtes se découpant sur l’Atlantique, c’était très beau et très étonnant, quelques marches à gravir, traverser une ruelle en pente avec quelques baraques dont l’intérieur n’était voilé que par un rideau de tissu se baladant dans le vent, de l’autre côté les rochers, et l’océan. Là des femmes faisaient rôtir des pigeons. Sur la carte de Casablanca que j’ai achetée, l’endroit s’appelle le tir au pigeon. Sur le chemin du retour, j’ai arrêté mon footing devant un vendeur ambulant qui servait du café aromatisé aux clous de girofle. L’eau était froide, mais la plage bruissait d’une animation incroyable, des terrains de football improvisés sur une bande sableuse de deux kilomètres, des femmes voilées qui jouaient au beach-ball, des frisbees qui volaient dans les airs.

Il y avait comme un parfum de vacances dans l’air de cet après-midi de mai sur les plages de Casablanca, comme Lacanau en août, et hier, à Paris, j’étais verbalisé par les contrôleurs de métro, la vie va vite, la vie a des bons côtés, faut jamais désespérer.

« Il y a l’air il y a le vent/ les montagnes l’eau le ciel la terre/ les enfants les animaux/ les plantes et le charbon de terre/ apprends à vendre à acheter à revendre/donne prends donne prends/quand tu aimes il faut savoir/ chanter courir manger boire/ siffler/ et apprendre à travailler ». Blaise Cendrars

 

 

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