Iggy, la voix de la pop…

Je viens d’allumer le poste, j’apprends que la loi Hadopi a été rejetée cet après-midi, « à la surprise générale », par l’Assemblée nationale. Première bonne nouvelle. Quelques mots là-dessus. Une fois de temps en temps, tous les six mois, un des innombrables textes de lois qui jour après jour contribuent à réduire le carré de soleil, à effacer les quelques rais de lumière orangée qui éclairent encore certains pans de la société, des textes qui accroissent les zones d’ombres, et qui sont comme des ventouses aspirant les dernières poches résistantes de notre fluide vital, de notre énergie, ce qu’on appelle l’orgone (cf wiki), un de ces textes est rejeté, et donc des raisons d’être content, mais pas heureux, non, de toute manière, le texte sera représenté à la fin des vacances de Pacques en seconde lecture, c’est juste une passe de torero qui a réussi, mais on finira quand même emplâtré après une véronique ratée. Frédéric Lefèvre n’était pas dans son bureau. Il prétend qu’il animait une réunion sur la « modernisation de l’UMP », ce qui sent quand même le charabiage et la tentative d’enfumage. Quand à Copé, absent lui aussi, et interrogé, il admet avec humilité : « J’étais dans mon bureau, juste à côté de l’hémicycle, mais le problème n’est pas là… ». T’as raison, Jeff, le problème, c’est la savonnette présidentielle qui va suivre, il y a des jours comme ça où ça veut pas.

Alors Hadopi, de quoi ça parle ? De la lutte contre le téléchargement illégal. De sanctions graduées, de protection du droit d’auteur, de fermeture inopinées de lignes Internet pour les contrevenants, et bien sûr aussi de pognon, d’amendes (non honorables), et de cabanes. Il y en a plein, de ces trucs un peu vicelards grimés sous des pseudonymes candides. Hadopi, moi m’évoque Okapi, le magasine de l’enfance, qui défend les animaux sauvages. C’est comme Edwige, avant d’être un fichier de recensement des caractères potentiellement déviants de chacun d’entre nous, c’était juste une copine, blonde, et avec de beaux seins. Il y a une plante qui porte le poétique nom de digitalis purpurea, qui pousse dans les forêts alsaciennes, qui a de jolis globes roses et qui est mortelle parce qu’elle ralentit le rythme cardiaque.

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Sur le fond, que penser du téléchargement libre de musique, de films, de supports culturels en tous genre ? Déjà, que les Anglais ont un peu plus avancé que nous sur le sujet, et proposent que ce soient les majors qui se mettent d’accord avec les fournisseurs d’accès Internet pour financer les artistes, ce qui semble quand même un peu plus réaliste que de vilipender le cybernaute. Ensuite, qu’il y a des choses contre lesquelles on ne peut pas lutter. C’est aller trop à contre-courant des évolutions de notre monde, c’est perdre son temps, et son énergie. On doit essayer de lutter tant bien que mal et quelque soient les échecs rencontrés, les couleuvres à avaler, contre, par exemple, la déforestation dans les zones tropicales humides d’Afrique centrale. On doit lutter contre la propagation du SIDA. Mais Internet ? Le gouvernement chinois s’accroche à son Google filtrant, mais dans vingt ans, les dernières barrières auront sauté. Mettre en place des mesures de protection de la confidentialité et de la vie privée sur Internet, oui, c’est possible, comme le montre le recul de Facebook. Mais le téléchargement ? C’est la nature même d’Internet. C’est l’essence de ce réseau, que de s’échanger des informations, il y aura toujours des plates-formes, des fichiers joints, du streaming. Vouloir lutter contre ça, c’est comme de vouloir fabriquer de l’électricité avec des moulins à vent, c’est comme de bâtir des châteaux en Espagne sur une terre un peu glaise, c’est voué à l’échec. Avant même de dire si c’est bien ou si c’est mal. Cela dit, moi, sur le fond, je trouve ça plutôt bien. Il y a des trucs qui me font flipper avec Internet ; la dématérialisation des liens sociaux par exemple, le fait de pouvoir faire ses courses sur le Net, le fait que des gens qui sont dans la même pièce se parlent par twitter interposé plutôt que par la voix. C’est là que je vois le risque d’une régression. Mais l’accès libre, gratuit, généralisé, à tout type d’information, de savoirs, de chansons, et bien ça participe à mon sens à un mouvement de démocratisation qui est intéressant parce qu’il met à mal d’une certaine manière la logique marchande d’une part, et la logique de l’élite de l’autre, regroupée autour de son petit savoir comme un pack de rugby au-dessus de l’ovale. Par exemple, que je puisse dire que Philippe Val est un con sur un blog (ce qui n’est pas une information exclusive) et de pouvoir être lu en ayant écrit ça, ça me plaît. C’est comme si j’étais un petit journal de quartier.

Val, justement. Dans le dernier post, au-delà d’une détestation lié à un chagrin d’amour d’enfant bafoué, je ne disais pas grand-chose des raisons pour lesquelles il avait fini par me paraître à côté de. Décalé. Hors sujet. Et bien sur le projet de loi Hadopi, il signait il y a quinze jours un éditorial dans Charlie pour dire son soutien. J’ai essayé de le retrouver dans l’amoncellement de journaux qui obstruent l’entrée de ma chambre, sans succès. Ce qu’il disait, en gros, c’est que la gratuité est symbolique, et qu’elle dévalorise un produit culturel. Il citait l’exemple des journaux gratuits, sur lesquels les gens essuient leurs pieds dans le métro, alors que ça se passe différemment avec le cahier Livre du Monde. En même temps, Métro ou Direct soir sont déjà en tant que tel des sous-produits culturels. Et c’est pas parce que Radiohead met son dernier disque en téléchargement gratuit sur son site, qu’on va s’empresser d’envoyer les fichiers mp3 dans la corbeille sitôt la première écoute terminée. C’est donc là que Val se goure. Lui aimerait qu’on continue à payer pour « symboliquement » continuer à aider les artistes qu’on aime, qu’on a choisi, et s’extraire d’une logique de zapping. Pensée d’arrière-garde, pensée archaïque, critique me semble t-il insurmontable pour un soi-disant homme de gauche, car la gauche, c’est la modernité. Même habillée en fringues vintage. Il dit, les artistes ne vont pas être incités à produire des albums de qualité s’ils ne touchent rien derrière. Déjà, des artistes, il y en a peut-être 1%, partie immergée de l’iceberg, qui vivent de leurs royalties, les autres se contentant de faire le spectacle. Et comme si un type allait un jour se dire, tiens là, je tiens un bon rif, une jolie ligne mélodique, mais je vais pas faire de chansons, ou alors, je vais la pourrir un peu, parce que, de toute manière, elle ne me rapportera rien. La pensée de Philippe Val est dénuée de tout principe de réalité et élaborée dans son petit univers mental fictionnel, en vase clos, d’où eau stagnante et odeur un peu nauséeuse.

Pour donner le contre-mot à Val, je suis allé chercher Iggy Pop qui donnait une interview la semaine dernière aux Inrockuptibles. Iggy, il est plus vieux que Val, et pourtant, c’est comme Jean-Paul Cluzel, il a jamais eu peur de se foutre à poil. Voilà ce qu’il répond à la question : comment réagissez-vous à l’idée que les gens téléchargent votre musique sans payer.

« Je m’en fous complètement, allez-y ! Je peux me le permettre ! Mon problème, c’est plus d’essayer de ne pas totalement dépenser l’argent que j’ai, pas de me casser la tête pour récupérer celui que j’aurais potentiellement perdu ».

Voilà, c’était Iggy aux platines. Qui s’en fout complètement. Comme moi.

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