Le trou

Il se croient tout permis. Ils se croient chez eux. Ils ont fermé la circulation, détourné le circuit de collecte des déchets, scellé les plaques d’égout, déployé des batteries anti-aériennes, des escadrons de CRS, un peu de RG, un peu de DST, un peu de BAC aussi sans doute, pourvu qu’il y ait aussi un peu de TNT. Ils ont transformé Strasbourg, « la belle endormie », en une base d’entraînement pour paramilitaires. Ils sont fous. Ils ont même interdit aux Strasbourgeois d’accrocher à leurs balconnets des drapeaux pour la paix, ce qui pourrait être un chef d’accusation d’incitation à la haine. Je vois, j’imagine, le petit marché de la place Broglie, où on allait chercher des légumes pourris pour la ratatouille du vendredi, protégée par les barrières Vauban, les petites ruelles des marchands de livres impraticables, les quais interdits. Des hommes grenouilles patrouillent dans l’Ill et dans le Rhin. Ils craignent une attaque bactériologique. La seule menace que je me souvienne quant à moi avoir subi à l’époque où j’étais encore un chat d’appartement de la rue du Noyer, en face de la place de l’Homme de fer, elle était alcoolique, et elle venait du trou, un caveau de la Krutenau.

Alors pour honorer le sommet de l’OTAN qui commence après-demain, voici un petit poème écrit à Strasbourg à cette époque où le trou nous rendait fou et où l’OTAN n’emportait que le vent.

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Le trou

C’est au trou qu’on était prisonniers volontaires/ D’une caverne aux parois suintant l’humidité/ Comme nos peaux transpirant de sueur et de bière/ Qu’on recomptait les coups sur les verres la buée

Et c’est encore au trou qu’on ne prêtait pas le flanc/ Aux critiques à un sou aux baisers à six francs/ Qu’on pensait notre jeunesse et qu’on pansait nos plaies/ Qu’on prenait les caresses celles qui se présentaient

Et c’est aussi au trou qu’on sacrifiait notre foie/ En toute petite monnaie et qu’on trouvait la foi/ Dans des bières d’abbaye qu’on rachetait nos péchés/ De jeunesse qui n’en finissait pas de mousser

Mais c’est encore au trou qu’on marchait tout le long/ Sur des tessons de verre qu’on perforait nos tongs/ Qu’on éteignait nos clopes dans des fonds d’ mojitos/ Qu’on écoutait de la pop qu’on dansait sur Indo

Et c’est au trou qu’on remettait nos chaînes/ Qu’on se taillait les veines qu’on buvait comme des trous/ Qu’on enfonçait le clou pour s’effondrer tout droit/ Sur la cuvette des chiottes vomir une vodka

Et c’est aussi au trou qu’on n’était jamais sobre/ Qu’on n’était jamais seul qu’il y avait toujours quelqu’un/ Pour refaire le monde sur des notes moins veules/ Ou pour finir la nuit dans le lit d’une blonde

Au trou encore qu’on faisait mousser nos rêves/ A la tireuse à bière qu’on notait nos ivresses/ Sur des bocks de bière et nos illusions d’hier/ Sur des paquets de sèche

Et c’est pourtant au trou qu’on faisait plaisir à voir/ Tout occupés à boire l’âme de tout notre soul/ Qu’on s’avouait vaincus qu’on s’avouait qu’on s’aime/ Qu’on a beaucoup trop bu pour se lire des poèmes

Au trou encore qu’on refusait notre sort/ Qu’on ne faisait pas de sport et qu’on perdait la face/ Quand on nous jetait dehors à l’heures des braves cons/ A l’heure des rats d’égouts r’montant à la surface

Et puis enfin au trou qu’on confessait nos manques/ Qu’on pardonnait nos trop nos excès de nous/ Une vie dissolue depuis trop longtemps/ Que plus rien ne comblait ni la bière ni le trou

Alors au sortir du trou, à deux heures et des clous/ Nous courrions comme des fous à travers les impasses/ Pour trouver un arabe pas pour le tabasser/ Juste pour un kebab pour l’amour consommé

Et les trottoirs noyés sous la bière et les larmes/ Et les têtes tournaient comme les coups de pédales/ De nos bicyclettes pour rentrer nous pieuter/ Dans notre petit trou, loin du trou.

 


Un commentaire

  1. tinou dit :

    3 jours que j’ai débarqué en Corse, pour apprendre a parler le chauve-souris, suivre les traces du gypaète ou juste déguster de la Pietra plus que de raison. 3 jours déjà eloigné d’Internet mais les raisons professionnelles imposent quand meme un petit saut sur la toile pour vérifier ce qu’il se passe sur la planète Greenpeace. les formalités passées, je profite du temps qui me reste pour lire lemonde.fr puis libé.fr, partout on parle de Strasbourg, des centaines de garde à vue, de l’improvisation policière, des forces de l’ordre aussi rôdées qu’une 103 de 50 bornes, d’un rassemblement liberticide et des « jeunes manifestants d’extrême gauche »… allez, tous dans le même sac! Et puis il reste encore quelques minutes, alors je saute sur lechatquifume, et je suis ravi de voir qu’il a deja sorti ses griffes. je mêle ma voix à la tienne, El pueblo unido jamás será vencido.

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