C’est un jardin extraordinaire

L’impasse de la Chapelle est une petite allée goudronnée, perpendiculaire à la rue de la Chapelle, dans le Nord de Paris. Au bout de cette impasse, il y a pendant longtemps eu un parking. Depuis samedi dernier, c’est un jardin partagé.

Samedi, c’était le printemps, et il faisait beau, c’était vraiment le printemps, j’ai failli écrire ce post dans la foulée de l’euphorie, en rentrant de l’après-midi de jardinage, et puis le temps a manqué, mais j’aurais dû pourtant, car depuis, il s’est remis à faire un temps d’hiver, avec plein de gris et de nuages de pluie, et du vent en rafales, et c’est plus dur de se rappeler. Mais je vais essayer quand même parce que c’était drôlement bien.

Ça a commencé par cette affiche placardée dans les rues alentours.

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On s’est dit, chouette, un jardin partagé, c’est le printemps on sème, ça sonnait bien…Alors on est allé voir. Jérôme a expliqué l’idée. L’idée de réintroduire du végétal dans nos vies d’urbains, le droit à la chlorophylle pour tous, le lien social, la vie de quartier, et les graines qui vont prendre racine. Il y a eu la distribution de paniers en osier. Chacun a reçu un panier, on l’a recouvert avec une couche de feutrine, et on l’a rempli de terre. Ensuite, il a fallu féconder la terre. Il y avait des petits pots de fleurs, même des essences rares qui avaient été gracieusement offertes par un jardin botanique, avec le nom latin, chacun a fait son petit marché, nous on est allé chez le fleuriste chinois au bas de la rue, qui avait rarement vu défiler autant de monde, on a choisi des pousses de romarin et de menthe, quand les feuilles vont pousser, on va être obligé de faire souvent des rôtis et des mojitos. Alors comme ça, il y avait du soleil plein la vue, les gens étaient heureux d’être là, ensemble, plein qui habitaient le quartier, d’autres qui l’avaient habité, pourtant on connaissait presque personne, c’est dire, une grande ville…Il y avait un type qui ressemblait à Jacques Higelin, des longs cheveux argentés et secs comme de la paille, une parka en cuir un peu sauvage, et il arrêtait pas de faire des allers-retours avec la brouette qu’il remplissait de terre, il se tuait à la tâche, et il transpirait, il avait l’air d’aimer ça. Il y avait aussi des petites filles avec des râteaux, des gens qui avaient préparé des gâteaux aux quetsches, des jus de fruit multivitaminé, juste le jour du printemps, dingue…Quand tout le monde a fini avec son petit pot en osier, on s’est attelé aux gros œuvres, les parcelles communes, pour faire un potager. Toujours sur le parking. Peur de rien. Ils avaient prévu des grandes palettes en bois, genre celles qu’on peut trouver en supermarché, on les alignées au sol en délimitant des trous, et puis on a juste versé de la terre à l’intérieur, et des petites boules pour pas que ça pourrisse, je connais pas leur nom, mais c’est un coup classique. Sur les palettes, on a disposé de la pelouse en dalles qui avait été récupérée à l’occasion d’un salon agricole. Et tout autour de ce nouvel espace vert, on a disposé nos petits pots en osier avec la menthe, les bégonias, les fougères, il y en avait pour tous les goûts. Au dernier moment, on n’a pas planté les parcelles collectives, faire durer le plaisir, et puis la peur du gel, tout était possible, il y avait pas d’urgence de toute façon, les tomates cerises, c’est pas avant mai. Après on a continué à admirer notre jardin, au fond il y a des murs en béton graffés de toutes les couleurs, c’est la rencontre parfaite de l’urbain et d’autre chose, je dirais pas rural quand même, ça reste un parking, même si il y a plus moyen d’y garer sa bagnole. Sur le plan légal, il y a encore pas mal de zones floues, mais il y a quand même les élus verts qui sont venus nous donner un coup de main, ça aide d’être dirigé par la gauche, quand même. Maintenant, se pose le problème de la flotte. Il y a pas de raccordement. On va essayer de mettre en place un système de récupération de la pluie, et puis aussi on pourra faire des aller-retour avec des arrosoirs, vu qu’on habite en face.

Après, on peut tout imaginer. Les barbecues l’été, les après-midi de lecture sur le morceau de pelouse…mais c’était quand même plus facile samedi. Faut attendre le retour du beau. En tout cas on a un jardin partagé maintenant. Plus aucune raison de s’exiler en Lozère.

 


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