Le vent l’emportera

Retour de Vendôme en train. Joli, ce chapeau posé circonspect sur ce « o » comme la fumée ronde sur une tasse de café brûlant. C’est un peu avant Châteaudun. La campagne sous la lumière grise et bleutée d’une fin d’après-midi nuageuse, un puits de soleil au loin, dans un TER silencieux et qui ne roule pas comme un chauffard, à 300 kilomètres/heure, qui laisse le temps d’apprécier le paysage, vitesse de croisière ferroviaire. Le paysage : tout en platitude. Quelques buses à basse altitude et quelques lignes à haute tension ; des champs d’éoliennes espacées, majestueuses, plantées sur ces terres agricoles. Les pales sont comme des aiguilles effilées, qui tournent en rond avec la régularité rassurante de la pendule du salon, celle qui fit oui et qui fit non dans le salon des vieux le dimanche, dans les chansons de Jacques Brel. Là, c’est un samedi, et les éoliennes s’éloignent au fur et à mesure que le train d’enfonce toujours plus avant sur ces rails qui filent comme sur de bons rails, vers le Nord. Elles sont comme un qui reste sur le quai, agitant son mouchoir dans le lointain. Et on les voit encore longtemps, dressées sur la ligne d’horizon, orchestrant leurs chorégraphies de circonvolutions voluptueuses. Loin des explosions de noyaux atomiques, de fission de neutrons des centrales nucléaires, loin de l’eau trouble des bassins de décontamination radioactif, loin du bruit de l’eau trop longtemps barrée qui s’écoule par centaine de mètres cubes dans les centrales hydroélectriques, en décibels et en écume. Ici, la production d’électricité se fait tout en douceur et en silence, branchée sur la prise de terre.

Les éoliennes sont les moulins de Don Quichotte de la Beauce. Le hasard de l’iPod, j’écoute à ce moment là Aaron, U-Turn Lili (acoustique), sans doute la meilleure chanson possible pour assister à un ballet d’éoliennes. C’est-à-dire qu’elles sont raccords sur la musique, tout est une question d’accord et c’est tacite.

Sur leur front, une loupiote qui clignote pour effrayer les avions. Ces éoliennes sont pleines de mélancolie. Comme animées d’un mouvement vivant, nourries à l’orgone, et pourtant enracinées à cette terre qu’elles doivent électriser. Seules, ou en binôme, je les regarde longtemps défiler à travers les grandes baies vitrées du TER. Jusqu’à ce que la chanson d’Aaron se termine. Alors je la remets au début. Comme ça, trois fois de suite. Et puis c’est presque Paris et on touche les banlieues pavillonnaires. C’est fini.

http://www.dailymotion.com/search/%C3%A9oliennes/video/x8lvy0_le-chat-qui-fume-des-eoliennes_webcam

 


2 commentaires

  1. tinou dit :

    la video ne marche pas, peut etre que la connexion Wifi de l’hotel Albert de Bruxlles n’est pas assez puissante ou que les services secrets francais l’ont déjà supprimé pour troubles à l’ordre public ou incitation à la décroissance. C’est drôle, y’a encore des gens qui trouvent que les éoliennes c’est moche, ca rend fou, ca sert à rien… Et on peut retourner les arguments écolos dans tous les sens, rien n’y fait, les gens sont cons et c’est comme ca. Mais peut être qu’on prend tout simplement le taureau par le mauvais côté des cornes, 10 lignes de belle poésie sur ces mats qui pointent haut dans le ciel, ca peut certainement aider quelques sceptiques à trouver un attrait pour cette technologie.
    A demain pour de l’activisme ;)

  2. emule dit :

    à moi la video ne marche pas, no plus

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