Archive pour mars, 2009

C’est un jardin extraordinaire

L’impasse de la Chapelle est une petite allée goudronnée, perpendiculaire à la rue de la Chapelle, dans le Nord de Paris. Au bout de cette impasse, il y a pendant longtemps eu un parking. Depuis samedi dernier, c’est un jardin partagé.

Samedi, c’était le printemps, et il faisait beau, c’était vraiment le printemps, j’ai failli écrire ce post dans la foulée de l’euphorie, en rentrant de l’après-midi de jardinage, et puis le temps a manqué, mais j’aurais dû pourtant, car depuis, il s’est remis à faire un temps d’hiver, avec plein de gris et de nuages de pluie, et du vent en rafales, et c’est plus dur de se rappeler. Mais je vais essayer quand même parce que c’était drôlement bien.

Ça a commencé par cette affiche placardée dans les rues alentours.

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On s’est dit, chouette, un jardin partagé, c’est le printemps on sème, ça sonnait bien…Alors on est allé voir. Jérôme a expliqué l’idée. L’idée de réintroduire du végétal dans nos vies d’urbains, le droit à la chlorophylle pour tous, le lien social, la vie de quartier, et les graines qui vont prendre racine. Il y a eu la distribution de paniers en osier. Chacun a reçu un panier, on l’a recouvert avec une couche de feutrine, et on l’a rempli de terre. Ensuite, il a fallu féconder la terre. Il y avait des petits pots de fleurs, même des essences rares qui avaient été gracieusement offertes par un jardin botanique, avec le nom latin, chacun a fait son petit marché, nous on est allé chez le fleuriste chinois au bas de la rue, qui avait rarement vu défiler autant de monde, on a choisi des pousses de romarin et de menthe, quand les feuilles vont pousser, on va être obligé de faire souvent des rôtis et des mojitos. Alors comme ça, il y avait du soleil plein la vue, les gens étaient heureux d’être là, ensemble, plein qui habitaient le quartier, d’autres qui l’avaient habité, pourtant on connaissait presque personne, c’est dire, une grande ville…Il y avait un type qui ressemblait à Jacques Higelin, des longs cheveux argentés et secs comme de la paille, une parka en cuir un peu sauvage, et il arrêtait pas de faire des allers-retours avec la brouette qu’il remplissait de terre, il se tuait à la tâche, et il transpirait, il avait l’air d’aimer ça. Il y avait aussi des petites filles avec des râteaux, des gens qui avaient préparé des gâteaux aux quetsches, des jus de fruit multivitaminé, juste le jour du printemps, dingue…Quand tout le monde a fini avec son petit pot en osier, on s’est attelé aux gros œuvres, les parcelles communes, pour faire un potager. Toujours sur le parking. Peur de rien. Ils avaient prévu des grandes palettes en bois, genre celles qu’on peut trouver en supermarché, on les alignées au sol en délimitant des trous, et puis on a juste versé de la terre à l’intérieur, et des petites boules pour pas que ça pourrisse, je connais pas leur nom, mais c’est un coup classique. Sur les palettes, on a disposé de la pelouse en dalles qui avait été récupérée à l’occasion d’un salon agricole. Et tout autour de ce nouvel espace vert, on a disposé nos petits pots en osier avec la menthe, les bégonias, les fougères, il y en avait pour tous les goûts. Au dernier moment, on n’a pas planté les parcelles collectives, faire durer le plaisir, et puis la peur du gel, tout était possible, il y avait pas d’urgence de toute façon, les tomates cerises, c’est pas avant mai. Après on a continué à admirer notre jardin, au fond il y a des murs en béton graffés de toutes les couleurs, c’est la rencontre parfaite de l’urbain et d’autre chose, je dirais pas rural quand même, ça reste un parking, même si il y a plus moyen d’y garer sa bagnole. Sur le plan légal, il y a encore pas mal de zones floues, mais il y a quand même les élus verts qui sont venus nous donner un coup de main, ça aide d’être dirigé par la gauche, quand même. Maintenant, se pose le problème de la flotte. Il y a pas de raccordement. On va essayer de mettre en place un système de récupération de la pluie, et puis aussi on pourra faire des aller-retour avec des arrosoirs, vu qu’on habite en face.

Après, on peut tout imaginer. Les barbecues l’été, les après-midi de lecture sur le morceau de pelouse…mais c’était quand même plus facile samedi. Faut attendre le retour du beau. En tout cas on a un jardin partagé maintenant. Plus aucune raison de s’exiler en Lozère.

Alain et André : le pays des morts

Alain et André : le pays des morts 00044006531526_Sgorz.bmp 

C’était ce soir. Ce soir qu’on devait aller voir Bashung au Grand Rex avec Emilie. Le concert a été maintenu jusqu’à jeudi, et puis reporté à une date ultérieure, et samedi, reporté ad vitam æternam. Ce sont des choses qui arrivent. Mais malgré tout, elle était là, la pointe de mélancolie, en rentrant à l’appartement tout à l’heure sur les coups de 20 heures, le moral bleu pétrole, l’impression d’avoir été privé d’un puits de poésie, une matière non raffinée, Bashung définitivement offshore.

Après, il est difficile de dire exactement ce qu’on aimait en lui, on se laisse influencer par les nécrologies partiales que l’on a pu lire dans tous les journaux, même les gratuits, des gens qui en parlent bien, parfois même un peu trop bien. Surtout des chansons, des bribes de mots, comme par exemple dans Gaby, ce phrasé que j’adore : « Aujourd’hui c’est vendredi et je voudrais bien qu’on m’aime », ou ce saut à l’élastique dans le Vercors, lancinant, et une reprise du voyage en solitaire de Gérard Manset. Mais Bashung, c’était surtout une forme d’élégance, de pudeur, et d’humilité, un alliage rare à l’époque de la jeunesse dorée. Le contraste d’ailleurs saisissant sur la scène des Victoires, avec Julien Doré, ou Florian Zeller mis en musique.
Alors pour ne pas que la soirée soit complètement siphonnée, je me suis fait couler un bain, servi un verre de rouge, allumer une blonde, mis sa tournée des Grands Espaces dans les baffles, et je me suis installé dans l’eau chaude avec un livre d’André Gorz, Lettre à D. Histoire d’un amour, et je me suis rendu compte que le texte que j’avais entre les mains collait parfaitement avec la musicalité de Bashung. Il était beaucoup question de mort dans ce bain, car la lettre à D. c’est le dernier livre publié par Gorz, en 2006, une déclaration d’amour à sa femme Dorine à qui il écrivait, dans les dernières lignes de l’ouvrage :

« Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Récemment, je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau en moi un vide débordant que ne comble que ton corps serré contre le mien. Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes souvent dit que si, par impossible nous avions une seconde vie, nous voudrions la vivre ensemble. »

Un an après, le 24 septembre 2007, ils se suicidaient tous les deux dans leur maison de l’Aube.

Gorz a été l’un des premiers penseurs à théoriser (et à vivre) la question écologique dans les années 80. Il a un très beau livre qui s’appelle Le vieillissement ; une forme de grâce aussi, lui, le juif autrichien, et Bashung, le fils de Kabylie et de Bretagne grandi dans le Haut-Rhin…

Quelque chose qui m’a toujours surpris et qui en la circonstance du décès de Bashung m’a cette fois complètement désolé : le jeu des oraisons funèbres auquel se prêtent les hommes politiques, sur un corps encore chaud. J’ai en fait quasiment appris la nouvelle du décès de la bouche de François Fillon qui clamait dans une dépêche AFP à la une des sites Internet le samedi soir que le public se souviendrait de lui comme le gentleman rocker de la chanson française, je crois que c’était ses mots.

De la même bouche sortait le lendemain, sur un autre registre, un plaidoyer pour Total, où il était question de féliciter l’entreprise pour la qualité de son management…Fillon a-t-il seulement entendu et vibré une seule fois dans sa vie sur une chanson comme La nuit je mens ? Saisit-il ne serrait ce qu’une once de la part de poésie dégingandée d’une chanson comme Gaby ? Et même si la réponse est oui, ce qui m’étonnerait, on s’en fout ! On sait bien que la politique est fondée sur une grande part d’hypocrisie, mais putain, en quoi ceux qui nous représentent (pas moi, mais la majorité) s’octroient-ils le droit de nous représenter jusque dans notre tristesse et notre politesse de voir partir un type qu’on aime ? Qu’est-ce qu’il en sait, Fillon de la manière dont le public se rappellera de Bashung ? Est-ce qu’il a été un jour son bassiste ? Est-ce qu’il écrit aux Inrocks ? C’est le genre de situation à tel point ridicule que l’on pourrait en rire si le cynisme qui en émane n’était pas à pleurer. Qu’il se contente de faire le boulot pour lequel il est payé, et de continuer à pourrir
la France, mais qu’il laisse Bashung à ceux qui l’aiment…
Quant à Sarkozie qui précisait que c’était un vrai « prince » qui s’en était allé, Bashung avait dit un jour de lui, qu’il avait « l’attitude d’un petit voyou sans envergure ». Sans commentaires. Encore une fois, « le chat veut finir en beauté ».

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Au temps du cinéma muet

Mardi à Bruxelles, c’était l’heure pour les chats eco-friendly de sortir leurs griffes. Les ministres des finances des 27 pays de l’Union Européenne s’étaient réunis pour discuter, de tout et n’importe quoi, de la crise, qui est partout, de la TVA, des niches fiscales, mais aussi du montant de l’aide qui serait allouée aux pays en développement pour faire face aux enjeux du changement climatique, lors des prochaines années. Les négociations qui ont commencé ce mardi, en période de vaches maigres, font figure de préfiguration de ce que sera la position (et la volonté politique) de l’Union européenne vis-à-vis de ces questions, alors que tout le monde se retrouvera à Copenhague en décembre pour réactualiser le protocole de Kyoto et rediscuter des orientations stratégiques du développement durable de la planète (car même si le terme est dévoyé, ce n’est pas une raison pour le boycotter lorsqu’il tombe à bon escient). Greenpeace pense que si l’Union européenne montre de la bonne volonté sur la question des émissions de gaz à effet de serre, c’est-à-dire met du pognon sur la table, ses partenaires (les Etats-Unis et la Chine) suivront et s’aligneront sur le montant alloué par l’Europe. Mais Christine Lagarde est une conne, avec ses cheveux blancs et ses manières de bourgeoise (comme Françoise de Panafieu) – n’hésitons jamais à diffamer- s’il y avait un jour une plainte, ça ne pourrait que décupler le trafic sur ce blog qui se traîne un peu, merci aux lecteurs, c’est d’ailleurs à la suite d’une plainte pour atteinte aux mœurs que le Cracher sur vos tombes de Vian est sorti de l’anonymat et a décollé dans les ventes. Donc Greenpeace ne fait pas confiance a priori aux ministres de l’économie de l’UE (et combien ils ont raison) et avait programmé à l’occasion de cette réunion une action afin d’alerter l’opinion et de faire entendre ses exigences – 35 000 000 000 € pour la lutte contre le réchauffement de la planète à destination des pays en développement, soit 1 Euro par semaine et par citoyen européen.

Et j’y étais. Le chat qui fume y était, mais sans son mégot, pas assez raccord avec l’image de Greenpeace, le fait de montrer son asservissement à la SEITA… Il pleuvait. Les pieds dans les flaques, les chaussettes mouillées, et le vent de l’Est qui venait nous écarteler. Le bonheur, quoi. En prévision, je me suis laissé pousser les ongles depuis quelques semaines pour le côté félin. Je mets du verni amer pour arrêter de me les ronger. Du verni bio, bien sûr. Reste à se laisser pousser des ailes. Le monde actuel n’est pas tendre envers les anges de la désolation, et a tendance à atrophier les ailes en moignons avant même qu’elles n’aient commencé à éclore. Devenir activiste pour Greenpeace procure néanmoins quelques sensations qui s’apparentent peut-être à un vertige aérien. Quelque chose entre l’adrénaline et l’étourdissement, le sentiment d’être libre comme Jonathan le Goéland. Paradoxe, c’est que ce sentiment de liberté accomplie dans toute sa plénitude précède d’à peine une ou deux minutes un sentiment inverse et aussi fort d’entrave et d’oppression. D’abord le sang afflue dans les tempes : front et joues rosis par la liberté. Puis les menottes ralentissent le débit sanguin au niveau de poignets : engourdissement, démangeaisons, douleurs, mains blanchies par la répression policière.

La première action Greenpeace à laquelle on participe, c’est comme un dépucelage ; on perd une forme de virginité juridique. C’est-à-dire qu’ensuite on est fiché par la police européenne comme un potentiel fauteur de troubles et on marche droit dans les traces de Julien Coupat. La classe, non ?

Moi je me souviens d’une course folle qui a duré trois minutes. Ça se passe à onze heures cinq. L’action est censée avoir commencé à onze heures. On est soixante dix activistes arrêtés dans une petite venelle à trois cent mètres du Conseil de l’Europe, depuis que, dix minutes plus tôt, une estafette de flics exfiltrée est venue nous barrer la route se proposant de nous soumettre à un contrôle d’identité inopiné. Tergiversations. Et puis deux nouvelles bagnoles arrivent, débarquant une nouvelle fournée toute chaude de flicaille. Là, le teamleader (c’est son nom, je suis désolé) donne l’ordre de courir (mais c’est déjà trop tard, c’est dix minutes avant qu’il fallait le faire). Et par hasard, je suis aux premières loges, alors je me mets à courir, et échappe au geste surpris d’un policier qui essaie de m’attraper l’avant-bras. 300 mètres plus loin, je ralentis, le souffle coupé par trop de clopes et pas assez d’exercice, je me retourne, on n’est que quatre à avoir réussi à franchir le cordon policier avant que celui-ci ne se referme sur les autres comme la ficelle d’une petite bourse qu’on tirerait. Ils sont forts, les salauds. C’est là le moment de liberté, on est à deux cent mètres du Conseil de l’Europe, on demande notre chemin, on continue à courir et enfin le bâtiment de verre s’élève. Là la joie de voir déjà le premier groupe en gilets jaunes qui a réussi à violer la vigilance des forces de l’ordre, en train de constituer une chaîne humaine devant la porte d’entrée du Conseil. Le motif (au sens artistique et symbolique) de l’action, c’est de retenir les ministres à l’intérieur du Conseil jusqu’à ce qu’ils aient pris les engagements que nous estimons nécessaires. Une nénette s’est passée un cadenas autour du cou avec lequel elle finit par verrouiller la porte d’entrée. Ils ont déjà eu le temps de déployer les grandes banderoles de Greenpeace, « Bail out the Planet », renflouer la planète, sur le modèle de ce qui s’est fait avec les banques. Moi je les vois, et je cours vers eux, mais au moment de franchir la minuscule barrière qui sépare la rue du bâtiment, je ressens les contractures musculaires du semi marathon couru deux jours plus tôt, et je n’arrive pas à enjamber l’obstacle. A quoi ça tient la réussite d’une action ? A titre personnel ? A des bottes de cuir, aussi, payées mille balles, et moins pratiques que des chaussures de sport pour ce genre d’activité. Bref, c’est dans cette position, à califourchon sur la barrière de protection d’une Institution européenne que les flics me cueillent comme une griotte mûre sur un arbre en juin. C’est la fin de la période liberté, et commence l’autre.

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Une heure et demi à l’arrière d’une estafette, les mains dans le dos, puis quatre heures dans un entrepôt du palais de justice, où affluent au fur et à mesure que le temps passe tous les activistes délogés de force. L’action a duré en tout deux heures, mais je crois qu’on n’a empêché aucun ministre de déjeuner. 

Ensuite, en « rétention administrative » (c’est le terme et ça peut durer douze heures, là ils ne nous ont gardé que jusqu’à 17 heures, le temps que le vice-président américain présent ce jour-là à Bruxelles quitte le territoire belge), j’ai eu tout le loisir d’observer à quoi ressemblaient des activistes de Greenpeace. Vous et moi. Des cheveux tressés dans du miel ou de la cire à bougie, des fringues découpées dans des tissus bariolés, des patchwork de rideaux, des sandales, mais aussi des jeans, des santiags, des vestes militaires, des bracelets de force et des crêtes. Des punks. Des allemands. Une libanaise. Un ancien photographe de Géo. Une prof. Des jolies filles qui même pour une action Greenpeace sortent avec des bas résille et du mascara. J’ai pensé à un truc en regardant tous ces gens : en avoir ou pas. Ça ne veut rien dire. Il y en a qui sont là parce qu’il y a pas d’autres solutions. Ce qui est bien, c’est qu’en rétention, on nous a servi des gaufres, c’est là que je me suis rappelé qu’on était en Belgique. Et aussi le soir, une fois libérés, après le débriefing, avant la nuit sur un tapis de sol sur un sol en béton froid comme un proviseur d’un lycée œcuménique, quand on s’est mis à boire plein de Jupiler. Pour ceux qui n’y sont jamais allés, c’est de la bière belge. Ça coulait de source. Elles étaient bien fraîches. Faut pas déconner avec le changement climatique.

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Le vent l’emportera

Retour de Vendôme en train. Joli, ce chapeau posé circonspect sur ce « o » comme la fumée ronde sur une tasse de café brûlant. C’est un peu avant Châteaudun. La campagne sous la lumière grise et bleutée d’une fin d’après-midi nuageuse, un puits de soleil au loin, dans un TER silencieux et qui ne roule pas comme un chauffard, à 300 kilomètres/heure, qui laisse le temps d’apprécier le paysage, vitesse de croisière ferroviaire. Le paysage : tout en platitude. Quelques buses à basse altitude et quelques lignes à haute tension ; des champs d’éoliennes espacées, majestueuses, plantées sur ces terres agricoles. Les pales sont comme des aiguilles effilées, qui tournent en rond avec la régularité rassurante de la pendule du salon, celle qui fit oui et qui fit non dans le salon des vieux le dimanche, dans les chansons de Jacques Brel. Là, c’est un samedi, et les éoliennes s’éloignent au fur et à mesure que le train d’enfonce toujours plus avant sur ces rails qui filent comme sur de bons rails, vers le Nord. Elles sont comme un qui reste sur le quai, agitant son mouchoir dans le lointain. Et on les voit encore longtemps, dressées sur la ligne d’horizon, orchestrant leurs chorégraphies de circonvolutions voluptueuses. Loin des explosions de noyaux atomiques, de fission de neutrons des centrales nucléaires, loin de l’eau trouble des bassins de décontamination radioactif, loin du bruit de l’eau trop longtemps barrée qui s’écoule par centaine de mètres cubes dans les centrales hydroélectriques, en décibels et en écume. Ici, la production d’électricité se fait tout en douceur et en silence, branchée sur la prise de terre.

Les éoliennes sont les moulins de Don Quichotte de la Beauce. Le hasard de l’iPod, j’écoute à ce moment là Aaron, U-Turn Lili (acoustique), sans doute la meilleure chanson possible pour assister à un ballet d’éoliennes. C’est-à-dire qu’elles sont raccords sur la musique, tout est une question d’accord et c’est tacite.

Sur leur front, une loupiote qui clignote pour effrayer les avions. Ces éoliennes sont pleines de mélancolie. Comme animées d’un mouvement vivant, nourries à l’orgone, et pourtant enracinées à cette terre qu’elles doivent électriser. Seules, ou en binôme, je les regarde longtemps défiler à travers les grandes baies vitrées du TER. Jusqu’à ce que la chanson d’Aaron se termine. Alors je la remets au début. Comme ça, trois fois de suite. Et puis c’est presque Paris et on touche les banlieues pavillonnaires. C’est fini.

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Le pull pourri de Cobain et la valise de Chirac

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10 jours que le chat faisait silence. C’était pas faute d’avoir des choses à dire, mais plutôt du temps (et de l’envie, disons le) pour les écrire.

Entre temps, le PSG a recollé avec Lyon et Bashung a éclipsé Julien Doré aux Victoires, c’est donc que tout ne va pas si mal.

Quelques nouvelles au hasard.

Vendredi, salon de l’agriculture en nocturne. C’est drôle, un salon de l’agriculture, c’est comme une fête de l’huma sans les concerts, et au lieu de passer de stand en stand à rencontrer le premier secrétaire de la section départementale du PC du Vaucluse ou de la Haute-Saône, ce sont les AOC qui militent. L’occasion d’un petit tour de France des terroirs, et d’honorer les régions tant qu’elles existent encore. On a commencé par l’Alsace sans la Lorraine, avec une bouteille de gewurztraminer grand cru, fruitée et délicieuse, qu’on a pleinement appréciée, vu qu’on était encore à jeun à ce moment-là, et des petites chouquettes de Noël à la noix de coco. En Picardie, l’ambiance était morose, on ne s’est pas attardé.
La Normandie s’était déjà réunifiée pour l’occasion, on a liquidé quelques bouteilles de cidre bouché, on a continué jusqu’en Corse pour manger du saucisson Gonzo, en passant par la Lorraine, dont le périmètre est tout petit, et qui a juste à offrir au visiteur de la mirabelle ou du vin gris de Toul à prix bradé. Au Limousin, on a essayé leur bière brassée, et déjà, on était complètement patriote, prêts à aimer la France entière. Le pays de Loire villiériste nous a accueilli avec du Mareuil vendéen, la Bretagne n’était pas loin, escale pour de la bière d’abbaye. On a choisi Rhône-Alpes pour tenter de stopper l’hémorragie liquide, avec plusieurs saucissons à la noisette, à l’âne, et au comté, puis l’Auvergne, qui mettait en valeur son Saint-Nectaire. Nouvelle plongée vers des abysses éthyliques, en Guadeloupe, où la lutte contre la pwofitation avait des accents de rhum blanc et de musique créole. La dernière étape a été Midi-Pyrénées, pour des petits toasts d’huile d’olive avec de la truffe noire râpée, et une bouteille de Tariquet. On a abandonné à ce moment-là l’idée de réaliser le tour complet des régions, tant pis pour la Bourgogne, la Franche-Comté, le Centre, il était près de onze heures et de deux grammes, l’heure de la fermeture, et la dernière chose qui nous importait, c’était de trouver des huîtres, alors on a filé vers l’Aquitaine et les bassins d’Arcachon, sans succès, on est remonté en Charente, en Bretagne, mais partout les huîtres étaient déjà rentrées dans leur coquille, alors on a juste fini dans le métro où on s’est fait verbaliser pour fumage de cigarette non-autorisé, en se disant que quand même,
la France est pleine de ressources naturelles. 

Le lendemain, en refaisant par la pensée notre itinéraire de bouche, on s’est rappelé qu’on avait aussi fait une halte gastronomique en PACA où on s’est fait offrir gracieusement des petites lamelles de loup cru mariné au citron et à l’huile d’olive, et le souvenir était savoureux.

Et puis dimanche soir, on discutait au salon de Gilles Deleuze, et de son pull rouge qui peluche avec lequel il a enregistré son abécédaire. Parlant de pull pourri, comme on avait l’esprit connectif, on a pensé à Kurt Cobain, et à son gilet gris de grand-mère qu’il porte sur l’enregistrement de l’unplugged MTV, un des plus beaux disques du XXème siècle, une énorme audience aux Etats-Unis, et Cobain, quelques mois avant sa mort, qui porte ce gilet trop grand plein de boulottes, tout en grâce (et il y a aussi un des guitaristes qui joue avec une guitare aux couleurs de l’Ethiopie, et un autre qui joue en chaussettes). Alors ceux qui étaient là, on a eu envie d’écouter My girl, on a relié l’ordinateur aux baffles du salon, c’était un dimanche soir à deux heures du matin, un grand moment, une bonne manière de commencer la semaine, et quelqu’un a dit, ça le chat, ça va finir sur ton blog, alors je m’exécute. 

Image de prévisualisation YouTubehttp://www.youtube.com/watch?v=4xHl-P_arVA

Sinon, je peux aussi parler d’une exposition vue dimanche après-midi sur l’île de Pâques, la isla de Pascua parce que c’est un territoire chilien, la terre la plus enclavée du monde, dans un rayon de 2000 kilomètres autour de l’île, rien que de la flotte, des embruns, des vagues et des poissons. Les vents du Pacifique qui balaient cette terre hostile font qu’aucune forêt n’y pousse, les plantations de légumineuses se font au milieu des pierriers, pour que les cailloux protègent les jeunes pousses des vents violents et laissent le temps à leurs racines de prendre racine suffisamment profondément pour atteindre les terres plus fertiles.

Il n’y a pas plus de 5000 habitants à l’année, et plusieurs centaines de grandes statuettes étranges sculptées dans la roche volcanique, et qui, posées sur des promontoires rocheux, sont comme les gardiens de cette terre étrange et fascinante. J’aimerai un jour y arriver par bateau, une nuit de lune.

Enfin Chirac. En train de devenir le Français préféré des Français.

Un portrait de lui, dans le Nouvel Obs. Un ami qui dit de lui : « Prisonnier depuis douze ans de l’Elysée, il ne sait plus rien de la vie quotidienne. Ne fait pas la différence entre un billet de cinq Euro et un billet de 100. Veut payer « le Monde » en grosses coupures. Ne comprend pas comment s’ouvre un placard. Trouve étrange que les magasins soient fermés le dimanche. Il met des heures à faire sa valise quand il part en voyage et s’engueule avec Bernadette qui tient absolument à ce qu’il emporte un smoking » !

Allez, Jacquot, je te regrette…

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