Andry, dis moi oui…

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Madagascar est une assonance en « a » qui d’emblée renvoie à une contrée exotique, un nom d’une province lointaine oubliée au fond d’un conte d’enfant.

Madagascar est une île qui fait exactement la taille de la France et du Benelux réunis. On y boit du rhum arrangé à la vanille, on y mange du riz plus qu’ailleurs (160 kilos de riz sec par année et par habitant) à tous les repas, bouilli avec du lait cru au petit-déjeuner comme un pudding anglais. On y retourne les morts tous les ans au fond des pierres tombales, en en référant aux ancêtres. On y meurt aussi depuis samedi dernier de balles réelles tirées sans sommation par les forces de l’ordre censées protéger le palais présidentiel de l’avancée (inexorable ?) des manifestants.

Madagascar est un pays attachant qui fut un territoire d’outre-mer français jusqu’en 1960, et qui pointe aujourd’hui au 144ème rang sur 177 au classement mondial selon le critère de développement humain. Ce qui a le mérite de relativiser tout ce qu’on peut entendre sur les bienfaits de la présence coloniale d’antan.

J’ai passé six mois à Madagascar, et le souvenir que j’en ai ramené, c’est celui d’un peuple violemment pacifique.

Donc lorsque des rassemblements non-violents finissent par verser le sang, c’est qu’il est plus qu’urgent de s’intéresser de près à la question et de se brancher sur RFI Afrique (en streaming sur le site de Radio France).

Pour comprendre ce qui se passe, on peut par exemple se pencher sur le passé, car c’est souvent dans les vieux chaudrons qu’on fait les meilleures soupes à la grimace.

Marc Ravalomanana, l’actuel titulaire au poste de Président de la République malagasy, est un self made man, qui a fait fortune dans l’industrie laitière en commençant par être « trayeur-cycliste » (un emploi courant sur l’île) à l’âge de 10 ans. Raison  peut-être pour laquelle il considère aujourd’hui l’Etat malgache comme sa vache à lait. Elu à la mairie de Tananarive, il se sert de la fonction pour asseoir ses ambitions nationales. En 2002, arrivé quasi ex-æquo à l’élection présidentielle contre Didier Ratsiraka le sortant, tous deux s’autoproclament, comme un temps Martine et Ségolène. Mais l’histoire diffère ensuite car alors Marc (appelons les par leur prénom, ce sera plus facile pour les dyslexiques) organise de grandes manifestations dans la capitale rassemblant tous ses partisans pour forcer le pouvoir en place au rapport de force. Alors Didier qui dispose encore de l’appareil d’Etat commande la destruction de plusieurs ouvrages d’art (des ponts) afin de couper Marc de sa base arrière et d’empêcher les habitants du sud de l’île d’atteindre par la voie terrestre Tananarive pour venir renflouer les rangs des opposants au régime. Alors qu’à l’identique, on imagine mal Ségolène saboter les rails du réseau ferré français (ou mieux, trafiquer un caténaire, comme Julien Coupat…) pour empêcher les TGV partis de Lille Flandres d’atteindre la gare du Nord. Raison pour laquelle Aubry a été élue si facilement. Il faut avoir le courage de ses ambitions.

Mais revenons à 2002 et à Madagascar. Après trois mois de blocages, avec deux présidents assumés (ce qui étrangement a conduit à la paralysie de l’activité du pays, ce qui prouve bien que les présidents, moins il y en a, mieux c’est (à l’inverse du saucisson ou de la tarte aux poires)), Didier finit par jeter l’éponge et s’enfuir en France, à Neuilly-sur-Seine précisément, où on lui offre l’asile (les mêmes qui ensuite ont remis en cause la jurisprudence Battisti…). Nous, les Français, qui ne ratons jamais une occasion de briller, sommes les derniers de la communauté internationale à reconnaître diplomatiquement le nouveau gouvernement, ce que Marc n’oubliera jamais. Cependant, en 2002, malgré une crise prolongée confinant parfois à la guerre civile, on pouvait compter les victimes sur les doigts d’une main. Là, les évènements de samedi ont causé 28 morts. Les temps changent.

Depuis 2002, Marc a déconné. Il a globalement géré le pays comme sa petite SARL, a brillé par sa capacité à corrompre, à privatiser, à faire du pognon. Il avait promis du pouvoir d’achat au peuple malgache qui aujourd’hui ronge son frein pour faire passer la faim. Il s’est acheté un nouvel avion présidentiel, un Airbus A320, pour soixante millions de dollars, 1,33% du PIB ! Il s’est totalement converti aux intérêts américains, et preuve de son incommensurable connerie et prétention, a instauré l’anglais (que personne ne parle, évidemment) comme troisième langue officielle du pays, derrière le malgache et le français. Sous prétextes que lui a fait ses études dans une université de la Ivy League. Bref. Marc est celui qui a inventé la présidence bling bling avant l’autre. Pourtant réélu au premier tour en 2006. Ce qui n’est pas de très bon augure.

Andry Rajaolina est le fils spirituel de Marc Ravalomanana, son clone rajeuni. En phase avec son époque BetoBe. Jeune homme volubile, ancien deejay professionnel, ayant fait fortune en montant deux boîtes de communication, il a trente quatre ans. Un an de plus que le Christ. A sa mort. Il est devenu maire de Tananarive il y a deux ans. Il a une grande gueule.

Marc, ce con, a décidé il y a deux mois d’interdir de diffuser la radio de Andry parce que celui-ci a diffusé sur ses ondes une interview de l’ancien président Didier. C’était le prétexte parfait. Andry a mis le volume à fond pour faire cracher les baffles et que les larsens viennent. Depuis, l’un et l’autre s’arrangent à la perfection pour jeter de l’huile de palme sur le feu dès que les braises s’éteignent.

Ce qui est triste et désespérant, c’est que, comme toujours, la population trinque. Sur place, la France propose une médiation. Personne n’en veut vraiment, preuve des bons souvenirs qu’on a laissé là-bas.

Personnellement, ça ne me dérangerait pas qu’Andry parvienne à déloger Marc, bien qu’il n’ait aucune légétimité démocratique pour le faire. Mais j’y crois tout autant que si on me disait que demain, Copé fomentait avec le soutien de députés UMP un coup d’état contre Sarkosie (d’ailleurs, si Andry est un ancien deejay, Jean-François est un très bon jazzman !) qui à la suite quittait l’Elysée. Laissant le pouvoir à Jeff.

Donc pour revenir à Madagascar et à 2008, la seule chose qu’on puisse sérieusement espérer, c’est qu’il n’y ait pas trop de morts.

 

mada.bmp

 

 

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