Un dimanche après-midi

C’est dans un café du dix-huitième arrondissement, un dimanche après-midi. Il est seize heures. C’est un dimanche après-midi et il y a du soleil qui passe à travers la grande baie vitrée, et des gens dans la rue. Il y a un homme d’une cinquantaine d’années qui est assis seul dans un anorak rouge, devant une petite table ronde, en bois verni noir, dont le plateau repose sur un pied en fer forgé. Sur la table sont posées trois barquettes Tupperware.

Une vieille dame arrive, elle vient s’asseoir à sa table, en face de lui. Elle doit avoir 80 ans ou un peu plus ou un peu moins, elle se déplace lentement, et l’homme lui tire la chaise et précautionneusement l’aide à s’asseoir sur le dossier, du côté de la baie vitrée. Elle a les cheveux blancs et lui une barbe grise, et ils se ressemblent.

« Je t’ai apporté des choses, dit l’homme. Pommes de terre aux lardons, salade de fruit, et chou farci ».

La vieille dame soupire, elle lève les yeux au ciel, on se sait pas si elle très fatiguée, touchée par l’attention de son fils et extrêmement gênée, ou simplement irritée par cette ingérence dans le régime alimentaire de sa semaine qui commence. Mais elle ne dit rien.

« Je t’en ai mis deux, des choux, comme ça tu pourras manger avec Chantal ».

« Tu sais, j’ai arrosé les tulipes ce matin, avec mon petit arrosoir, et j’ai sorti les fleurs au soleil », elle lui répond quelques secondes après.

Le serveur arrive. L’homme commande deux Irish Coffee, et il n’y a pas eu de consultation préalable. Tout se passe comme de bien entendu. Deux Irish coffee arrivent sur la table, joliment servis dans des verres à pied, et ça ressemble à un rituel du dimanche.

On n’entend pas leur conversation, les deux parlent bas.

« Oh regarde, une randonnée en roller », dit soudain l’homme.

La vieille femme se retourne et regarde le défilé des jeunes gens en roller dans la rue, c’est un dimanche après-midi, il se passe plus d’une minute avant que tout le cortège ne se soit écoulé comme le sable d’un sablier.

« Alors, ils sont bons, les Irish ? », vient demander le serveur. Il s’excuse de n’avoir pas réussi à reproduire fidèlement les trois couches de whisky, de café noir, et de crème fouettée.

« Cet après-midi, je me suis dit, je vais appeler Maman, et on va aller boire un Irish Coffee ensemble », dit l’homme une fois que le serveur est reparti derrière le zinc.

Après, ils gardent le silence.

L’homme demande l’addition, quatorze euros.

«  C’est cher », dit la vieille dame.

« Non, c’est les prix », lui répond son fils. La monnaie revient, il glisse les pièces dans le porte-monnaie de sa maman, et tous deux se lèvent ensemble et s’en vont.

C’est donc un dimanche après-midi. 

 


2 commentaires

  1. Caro dit :

    Il fume peut-être le chat, mais il le fait bien ;)
    ça fait plaisir de te lire Adri.
    et tes mots égayent un peu la noirceur de ce blug.

  2. Rahma dit :

    cool, nous sommes les même idée.

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