Pierrot la lune et les faiseurs d’éclipse

A propos d’histoires de cartouchages. Dans l’actualité, ces derniers jours, deux histoires qui se ressemblent, deux livres, où à chaque fois il est question d’éthique, une matière dangereuse à manier et explosive comme un bâton de nitrate. Il y a bien sûr l’ode de Pierre Péan à notre médecin de ministre dont les prises de positions ingérentes ont semble t-il parfois pu confiner à la prise d’intérêt. Il y a le livre, et K. qui répond à la tribune de l’Assemblée Nationale, mais qui de manière étrange, n’annonce pas fermement qu’il portera plainte pour diffamation. Ça m’a fait penser à cette réplique de Jean-Claude à Popeye dans les Bronzés :

« - J’sais pas ce qui me retient de te casser la gueule !…

- La trouille, peut-être… »

Je n’ai pas spécialement d’avis sur la question si oui ou non, il y a eu manquement, mais l’épidermie m’inciterait plutôt à donner crédit à Péan, terme qui en grec archaïque désigne un chant d’action de grâces en l’honneur du dieu, dans la mesure où BHL soutient avec une violence mal dissimulée son ami Bernard, parlant de « saloperies », désignant le grand Pan comme un nain qui cherche à se jucher sur les épaules de K.,  quelqu’un qui a « une vie et une œuvre extraordinaire ». Comme je l’ai lu sur un autre blog, « si BHL s’en mêle, c’est que Péan doit avoir raison ».

Mais l’autre inquisition littéraire dont je veux parler aujourd’hui, c’est celle dont a gratifié une journaliste du Nouvel Obs (l’ancien étant défectueux) Pierre Perret après la parution du deuxième tome de ses mémoires, A Capella.

Je suis tombé par hasard sur la réponse de Pierre Perret, publiée dimanche dernier dans le Journal du Dimanche, sans avoir suivi le début de la polémique.

Dans un deuxième temps, j’ai eu sous les yeux l’article pamphlétaire du nouvel Obs dont la virulence du propos m’a surpris. Je ne pensais pas que Perret avec son zizi et ses jolies colonies de vacances pouvait déchaîner de telles passions…

Je ne vous refais pas l’histoire, il y a ici les deux liens qui renvoient vers les deux articles comme autant de renvois d’ascenseur. D’ascenseur social : Pierre Perret est né à Castelsarrasin où ses deux parents, Maurice et Claudia, tenaient le Café du pont.

http://bibliobs.nouvelobs.com/20090129/10277/perret-et-le-pot-aux-roses

http://www.lejdd.fr/cmc/chroniques/200905/pourquoi-tant-de-haine_183895.html

Sommairement, pour ceux qui sont à la bourre ou qui ne savent pas co ment activer un lien (penser alors à activer ses relations), je vous résume l’intrigue.

Perret dans son bouquin, raconte avoir rencontré à maintes reprises Léautaud, l’auteur clochardeux et misanthrope qui écrivait ses romans (que je n’ai pas lus) dans son pavillon de Fontenay-sous-Bois dans une atmosphère saturée d’urine de chat, ce qui est quand même la preuve d’une certaine ouverture d’esprit.

 lautaud.bmp

En me documentant sur le personnage, je lis à l’instant que ses dernières paroles prononcées furent « Maintenant, foutez-moi la paix ». Allusion à peine voilée au conflit israélo-palestinien qui en était à ses premières gesticulations l’année de sa mort en 1956. Problème : la grande Sophie du Nouvel Obs prétend que Léautaud n’a jamais rencontré Perret. Et donc que réciproquement, ça marche aussi. Perret aurait raconté ça à l’époque pour se faire mousser auprès de Brassens qui l’avait un temps pris sous son aile. Moi, j’avoue, j’en sais rien, j’étais pas là. Perret a sommé Sophie d’apporter les preuves au tribunal qu’il n’avait jamais rencontré Léautaud, ce qui est assez finement joué, car il est vrai qu’il est difficile de prouver que quelqu’un n’a pas rencontré quelqu’un, à la limite, l’inverse est plus facile. Mais bon, en fait, derrière toute cette histoire de Léautaud, il n’y a qu’un prétexte à d’autres règlements de compte, où Brassens pointe le bout ses moustaches. Comme moi les miennes. Avec la discrétion d’un chat. Je me suis demandé où Sophie avait glané toutes les infos qu’elle débine dans son article contre Perret comme autant de torches incendiaires, si il y avait un gros travail de terrain derrière, ou quoi. En fait, elle ne fait que relayer une série d’accusations qui ont commencé à essaimer sur les blogs des protecteurs de la mémoire de Brassens depuis décembre. Comme si Brassens avait besoin que quelqu’un s’occupe de sa mémoire et que ses chansons ne suffisaient pas. Les amis autoproclamés de Georges (pas ceux qu’il a vraiment connus) ont même monté une association, Auprès de son arbre, pour prendre Racine (en otage) et sortir les griffes dès que quiconque ose taquiner un tant soi peu la mémoire du Maître. Perret a osé faire descendre quelques critiques sur le catafalque, et les autres sont montés au créneau : sans doute veulent-ils mettre au formol l la grandeur d’âme de Georges de peur qu’elle ne pourrisse, ce qui ne me plaît guerre, car je n’adore pas les batailles mémorielles, pas plus concernant l’Algérie que la Brassensie.

Ce que Perret suggère, c’est que Brassens a jalousé à un moment donné son succès. Après tout, pourquoi pas ? Ça ne retire rien à la valeur de Brassens, ça prouve juste qu’il était bien fait de bois brut. « « Tiens, dit-il en me tendant une cassette qu’il extirpa de la poche de son blouson, c’est Georges qui m’a donné ça pour toi. Il pense que tu pourrais la chanter », raconte Perret qui croit un instant qu’il s’agit d’une chanson de Brassens. « C’était une chanson de comique troupier ».

Alors toute l’armée des douze singes (les Gorilles) de se mobiliser pour délivrer des certificats de bonne moralité à Georges qui n’en demanderait sans doute pas tant, et dont la nature timide rougirait à ces éloges : « Tous les témoignages concordent. Il n’était pas dans la nature de Georges d’être jaloux », affirme le directeur de la revue des Amis de Georges. Ainsi soit-il, puisqu’ils le disent. Et c’est de là que ça a dérapé, et Perret a fini par se faire accuser d’être un fieffé menteur, un enlumineur d’histoire, un plagiaire, allez, encore un effort, et on dira aussi que c’est un pédophile.

Moi, bien sûr, je ne prétends à rien. Ni à la vérité ni au démenti. Je prétends juste au petit plaisir d’écouter une chanson de temps à autre qui rend heureux. Brassens avait pour cela un talent indéniable. Mais Perret aussi.

Et voici juste ici là où je voulais en finir : aux coeurs entrelacés… 

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