Une photo

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Bien sûr, personne ne la connaît. Elle s’appelle Marie Marchand-Arvier, et elle est depuis cet après-midi vice championne du monde du super G. J’aime bien cette photo. Il y a d’abord ce qui saute aux yeux, le champagne qui coule à flot contrôlé, et ces deux culs de bouteille armées comme des roquettes. Dans le sport contemporain, on a plus souvent l’occasion de contempler des scènes à base de champagne à l’arrivée des grand prix de Formule 1, lorsque des pilotes qui gagnent à chaque coup de volant une dizaine de SMIC s’aspergent en rigolant, comme des mômes l’été avec des pistolets à eau. Gâtés pourris, les mômes. Il y a aussi du champagne à l’arrivée des transats au long cours, et des bouteilles qui viennent se fracturer contre la coque avant (donc la proue, n’est-ce pas) du catamaran victorieux. Dans les deux cas, le champagne relève davantage de la décoration que d’une tentative un tout petit peu sérieuse de se la coller…Les bulles sont un artifice à destination des photographes (immortaliser l’instant) et des sponsors, mais une fois le champagne imbibé dans les combinaisons ou dilué dans l’immensité salée de la marine, je vois plutôt Michael Schumacher carburer à l’eau plate minéralisée, et Michel Desjoyeaux au calva vieilli.

Ici, sur la photo, l’impression que j’ai, c’est que Marie n’a aucunement l’intention de laisser le champagne s’éventer. Alors il y a certes un peu de gaspillage, et l’une des bouteilles s’écoule en une petite cascade, mais comme chacun sait, il est difficile de boire simultanément au goulot de deux bouteilles. Mais Marie a bien l’air décidé à liquider l’autre bouteille. On ne dirait pas qu’elle boit pour la postérité, mais simplement parce qu’elle a soif, et que le champagne, c’est bon. Là, le fossé entre le sport business où la valeur d’une bouteille de champ’ n’a pas plus de sens, car les Euros pétillent comme des petites bulles énervées, et le sport tout court. D’ailleurs,
la Fédé de ski est réputée pour ses difficultés financières chroniques, et sans rien connaître de la vie ni de la carrière de Marie, et sans jurer qu’elle fait les fonds de tiroir pour s’acheter une paire de moufles en goretex, on peut présumer qu’elle n’a jamais signé de contrat mirobolant pour valoriser son image, et qu’elle ne fait pas de ski pour entrer dans le classement Forbes des grandes fortunes.

On voit derrière les boutanches l’œil décidé, la mèche brune qui dépasse du bonnet blanc (rien à voir avec le blanc bonnet) et la frimousse jolie et éprouvée par l’effort accompli. Pas d’expression de joie impudique, mais juste une poudreuse sérénité et une envie de boire du champagne. Un rayon de soleil oblique. Un ange blanc qui passe à toute allure entre les piquets. Et la médaille d’argent en bas.

 

 


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