Archive pour février, 2009

Ni pub, ni soumis !

Je l’ai peut-être déjà écrit, pas forcément ici, en tout cas déjà pensé : les publicitaires sont des cons. Comme Régis, mais là, c’était affectueux. Les publicitaires sont principalement des gens qui manquent d’humour, car l’humour ne peut pas se mesurer en parts de marché gagnées, mais aussi de poésie, car les vrais poètes ne bossent pas dans la publicité, ils écrivent des recueils et sont édités quand ils ont de la chance, ou alors ils boivent du calvados et fument des gitanes, et longtemps ils n’écrivent pas, jusqu’à ce que l’inspiration vienne, ou revienne, et ils n’écrivent pas pour ne rien dire. Je dirais que la plupart des publicitaires sont des gens ratés qui ont réussi. Et aussi des usurpateurs, au sens usuel du terme, usure, « qui use », pateurs, « qui utilise une langue pâteuse », qui donne la nausée. Deux exemples parus dans le Monde 2, le supplément du Monde samedi qui est une bonne revue malheureusement frelatée par des encarts publicitaires.

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Voici donc une page payée par Philips, avec ce slogan assez givré qui s’affiche en grand. Qu’est-ce que ça veut dire ? Je crois comprendre les raisons qui ont pu amener les créateurs de cette campagne à imaginer que c’était un bon slogan, des motifs de prévention médicale. A se fourvoyer. Dans son roman Trois jours chez ma mère, François Weyergans l’écrivait avec une infinie justesse : « Vivre jusqu’à la dernière minute sans savoir à quelle heure on va mourir est le plus beau cadeau que les dieux nous font, des dieux, quel que soit leur nom, en qui, rien que pour cette raison, on devrait croire ». Imaginons l’alternative. Imaginons que l’on reçoive à la naissance un certificat nous annonçant que notre contrat d’être humain vivant prendra fin à une date précise. Qu’au-delà de cette limite, notre ticket ne soit plus valable. Imaginons que l’on sache, vous, moi, que le, disons même une date lointaine, le 7 mars 2043, au hasard, la crise cardiaque nous rattrape. Nous rattrapera. Qu’on la voit véritablement arriver de loin, comme l’exige les gens du service comm’ de Philips. Imaginons chaque anniversaire, chaque année écoulée nous rapprochant de la date butoir. Comme si l’on était sur un rail, les deux pieds cloués au sol, avec une locomotive à vapeur se rapprochant à toute blinde. En 2041, on entendrait le frottement des roues. En 2042, on apercevrait le panache de fumée. Au printemps 43, on se ferait fauché à l’aube d’une retraite florissante par une crise cardiaque posant un verdict sans appel sur nos années de consommation effrénée d’alcool et de cigarette. Imaginez seulement le réveillon de la nouvelle année 2043. Le calvaire. Les bulles de champagne, et la conscience résolue de n’avoir plus que trois mois à vivre. Donc à survivre. Un cauchemar. Alors que le cas contraire, la faucheuse qui arrive avant la moisson, le cœur qui s’arrête sans préavis comme les grévistes de Sud rail. Là est aussi l’esthétique de la mort. Dans la brutalité. Dans son caractère imprévisible et inéluctable. La liberté de boire du cognac et de lire des livres jusqu’à la dernière heure en toute sérénité. Les publicitaires de Philips, en plus d’être des cons, sont donc aussi des incompétents.

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Deuxième cas. Critique, lui aussi. La SNCF. Je vous retranscris ici le texte écrit en gris et en petit sous les caractères en gras et en violet. « Nous nous adaptons à votre agenda pour vous éviter tout contretemps. A chaque étape de votre voyage, nous sommes là pour vous faire gagner du temps. Un nouveau rendez-vous ? Notre personnel s’occupe d’échanger votre billet immédiatement. Peu de temps pour vous y rendre ? Nous vous proposons de réserver une moto pour vous y rendre. C’est comme ça que François-Xavier Roth reste concentré sur l’essentiel et continue d’être un virtuose dans son domaine : la musique ». Bon. Que peut-on dire là-dessus ? Que la photo est un peu ridicule. Qu’un type qui s’amuse des contretemps, sauf dans son planning, n’est pas vraiment un boute-en-train. Le slogan est en fait basé sur un jeu de mot pourri puisqu’un contretemps, outre d’être un « événement imprévu qui vient gêner ou faire obstacle à ce qui était prévu » signifie aussi le « fait d’attaquer sur un temps faible [Musique] ». OK. Des poètes. Mais surtout le ton. La SNCF traite ses clients PRO avec une déférence proportionnellement inverse à celle qu’elle consacre à ses clients 12/25, à ses clients qui ne prennent que les TER en période bleue pour des raisons financières. Avez-vous déjà vu avec quelle vigueur les contrôleurs expulsent des trains les voyageurs sans billet, menaçant à chaque fois d’appeler à la rescousse à l’arrivée en gare la police ferroviaire ? Trouvez-vous le personnel naviguant aimable ? La SNCF a décidé de s’inscrire dans une logique de classe, revenant d’Inde, j’aurais envie d’écrire une logique de caste, et tous les chats clandestins sont laissés pour compte. Cette pure séquence d’hystérie commerciale sans aucune forme de honte ni d’honneur pour les clients PRO (comme ils disent), ce cirage de pompe en bonne et due forme comme on le voit dans les rues du Caire, frisant l’adoration, me paraissent juste scandaleux. François-Xavier Roth est sans doute un virtuose, pour lire des partitions, et diriger des chœurs, mais je vois pas ce que la SNCF a à voir là-dedans. Elle s’associe à des talents comme le virus à la cellule qu’il veut infecter, ou le champignon dermatophytose (type d’affection rencontrée fréquemment sous les ongles des pieds), qui vient puiser la matière organique auprès de l’arbre avec lequel il s’accouple par nécessité. Aujourd’hui, ce qu’il manque le plus aux publicitaires, ce n’est pas la créativité, c’est l’éthique.

Mon préfet habite dans le Loir-et-Cher

…ces gens-là ne font pas de manière…

Depuis l’affaire de saint-Lo, où le préfet avait été déplacé suite à quelques mouvements de houle dans la foule (ce qui est normal  en bord de mer), on dirait que certains font tout ce qu’ils peuvent pour prouver leur loyauté et leur bon dévouement.

Voici la carte de voeux qu’on a reçu cette semaine au bureau.

Au fait, est-ce que quelqu’un peut me dire qui est le type à droite, avec la tête à Lamotte-Beuvron ?

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La poule et le chat

Les masques tombent. 

Air France condamnée aujourd’hui à verser une amende de 2000 € à un couple de malvoyants pour avoir refusé de leur vendre un billet (exigeant qu’ils soient accompagnés d’une personne voyante).

SFR condamnée hier à 10 000 € d’amende pour avoir fait paraître sur son site Intranet une offre d’emploi exigeant un profil français exclusivement, de parents Français et né en France.

La SNCF condamnée il y a une semaine à propos de son site pourri, voyages-sncf.com, pour entrave à la concurrence (ils ne permettaient pas aux autres agences de voyage en ligne de vendre leurs billets de train).

Orange condamnée pour l’accord d’exclusivité passé avec Mac concernant l’iPhone. L’exclusivité devait durer cinq ans, elle est en fait cassée après quelques mois. Quelques mois durant lesquels Orange, après un investissement initial de 20 millions d’Euro, a malgré tout réussi à empocher plusieurs centaines de millions.

Leclerc assignée en justice à propos de contrats signés avec ses fournisseurs garantissant à Leclerc une marge constante de 25%, quelles que soient les fluctuations des prix des marchandises. Vous rendre la vie moins chère, c’est pas eux ?

Et Total ? Total n’est condamné à rien, sinon à l’opprobre de l’opinion publique. Quand on est capable en temps de crise d’engranger des bénéfices de quatorze milliards d’Euros, on a forcément des choses à se reprocher. Alors dans le doute, je condamne aussi Total.

Voilà ici nos chères petites entreprises du CAC 40 qu’on ne rappellera pas à leurs engagements maintes fois répétés pour un capitalisme plus vertueux, plus éthique, à leurs déclarations d’intention sur la responsabilité sociale de l’entreprise. La réalité est en fait que les dirigeants des grandes entreprises sont aussi cons que des poules : ils ne pensent qu’à picorer le profit comme les volatiles le grain, même si c’est de l’autre côté du grillage.

Pendant ce temps là, les chats continuent à développer des lymphomes suite à une surexposition au tabagisme passif.

Ça va mal.

 

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Cours de café

Ce blog aurait aussi pu s’appeler le chat qui boit du café, des litres de café, des thermos de café (comme le drôle Bill Murray dans Coffee and cigaretts) si le fait de boire du café pouvait être traduit par un verbe unique.

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Je vis mes derniers jours à l’ESSEC, ce qui ne me rend pas malheureux, mais pour être définitivement diplômé, je dois d’abord réussir un cours d’économie managériale qui me résiste et me poile à gratter. C’est la troisième fois que je suis ce cours, et je n’ai pour l’instant jamais obtenu la note de 10 nécessaire pour valider l’UV. La première fois, le prof était un scientifique assez rugueux, très mathématique dans sa conception de l’économie, adorant les dérivations, et autres gadgets, qui de surcroît souffrait d’une hémiplégie paralysant la moitié de son visage et rendant compliqué la compréhension de son élocution. J’ai abandonné le cours après quatre séances. La seconde fois, le prof était un vrai salaud, un libéral de base, aimant se faire caresser par la main invisible du marché d’Adam Smith, préparant sa revue de presse uniquement à partir de publications anglo-saxonnes, the Economiste ou le Wall Street journal, juste par pédanterie, et parce qu’il prétendait qu’il n’y avait pas un article sérieux dans la presse française corrompue par la vulgate socialiste (a-t-il déjà lu le Figaro ?), et dont la rumeur racontait qu’il monnayait la validation de son cours auprès des petites étudiantes pas farouches contre le rendement croissant de leurs minijupes ; du haut de ses quarante ans, de ses cheveux bien peignés et de son sourire suffisant comme un représentant de brosse à dent ou un président des Jeunes Populaires, il continue à être de toutes les soirées étudiantes organisées à l’ESSEC. Cet enculé m’a viré de son premier cours parce je suis arrivé avec un gobelet de café. J’ai eu six à l’examen final.

Là, c’est donc mon troisième essai. Le prof est assez génial, un économiste talentueux pour l’art oratoire, pédagogue, et inspiré, qui introduit toujours la présentation des concepts (de l’oligopole à la théorie des jeux) par des exemples qu’il puise dans l’actualité récente. Donc j’ai bien fait d’insister. Vendredi dernier, il nous a raconté le principe du cartel en nous refaisant l’histoire du café. Que je vous délivre ici. Car outre sa volonté de dénonciation de tout ce qui n’est pas à gauche, écologique, poétique, rose, noir, littéraire ou félin, le chat veut aussi être un support pour la formation continue tout au long de la vie, et en connaître un rayon sur le café peut toujours servir en société.

A. Il y a quatre type de cafés qu’en termes de qualité, on pourrait classer ainsi par ordre décroissant :

- Le Columbian Milds, produit en Colombie, en Tanzanie, ou au Kenya

- Les autres Milds, cultivés en Inde, en Papouasie, et en Nouvelle-Guinée

- Les Arabicas du Brésil, du Paraguay, et d’Ethiopie

- Les Robustas, qui viennent d’Afrique, ou du Vietnam, et que pendant longtemps personne n’a bu parce qu’ils étaient extrêmement amers.

B. Les grains de café avant la torréfaction se conservent mal, ce qui créé de vraies difficultés logistiques pour le transport des grains du lieu de cueillette aux lieux de transformation.

C. Le café vendu en Europe ne correspond jamais à une seule essence ou origine de café, mais est composé de différents assemblages qui sont faits pour satisfaire les goûts des consommateurs. Le Nescafé vendu en France n’a pas la même composition que le Nescafé vendu en Allemagne.

D. Les pays précités sont parmi les grands exportateurs mondiaux évidemment, mais certains pays d’Afrique, exportant moins en volume, sont pourtant les plus sensibles aux fluctuations des cours, car le commerce du café représente près de trois quart de leur balance commerciale (73% des exportations du Burundi, 69% au Rwanda, 53% en Ouganda…). Quand les cours chutent brutalement, le PIB de ces pays peut parfois être divisé par deux ou par trois d’une année à l’autre.

Or les cours sont naturellement instables. Car le café ne pousse pas sur un plant, mais sur un arbre, et qu’une période de gel au moment de la floraison par exemple affecte les rendements non pas pendant une saison, mais pendant cinq années. C’est pour cela que le café n’est cultivé que dans les pays chauds. Malgré tout, il gèle parfois au Brésil, cela s’est déjà vu, en 1975, et les stocks de cafés (l’offre) ont alors fondu de manière extrême (production brésilienne réduite de trois quarts durant cinq années), alors que la demande demeurait stable (car le café a une très faible élasticité/prix, ce qui signifie que peu de gens vont diminuer leur consommation de café suite à une hausse des prix, et de même, une baisse des prix n’entraîne pas une consommation effrénée, sinon plus personne dormirait, tout le monde aurait le cœur qui battrait vite et des visions hallucinogènes (une étude la semaine dernière révélait que le fait de boire plus de sept cafés quotidiens pouvait entraîner ce type de visions…).

 

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Pour lutter contre cette dangereuse volatilité des prix du café, les principaux pays producteurs se sont réunis en 1962 pour signer l’ICA, Accord International du Café, préfiguration de ce que ferait plus tard l’OPEP pour le pétrole, afin de réguler le volume des exportations mondiales et de stabiliser les cours. Les Américains, en tant que principal pays consommateur, ont accepté d’adhérer au cartel afin d’en être l’arbitre et de garantir l’application des engagements pris par chaque pays et le respect des quotas (pour qu’il n’y ait pas de triche).

Alors que les Américains n’avaient pas d’intérêt particulier sur le plan économique à tenir ce type de rôle (car une dérégulation et un marché débridé aurait entraîné une chute des cours, et donc une chute des prix auxquels ils importaient le café), pourquoi l’ont-ils fait ? Parce qu’ils craignaient que l’effondrement sporadique des prix du café n’entraîne des crises sociales et politiques dans les pays concernés, ce qui comme tout le monde sait, aurait constitué le terreau idéal pour la propagation des guérillas communistes. Pendant trente ans, les Etats-Unis ont mené leur guerre froide en surpayant leur petit noir (qui est en fait là-bas un grand gobelet sucré de jus de chaussette).

A la chute du Mur de Berlin, alors que le communisme fuyait de toutes parts comme si quelqu’un avait enlevé le stop-goutte, les Américains sont sortis du cartel, et le bordel a commencé, plus aucun pays ne respectant les règles du jeu.

Les cours ont commencé à chuter, et deux autres catastrophes sont venus fragiliser encore plus le marché.

A. Le Robusta était à l’époque imbuvable, et de fait vendu à un prix très inférieur à l’Arabica. Mû par cet état d’esprit humaniste qu’on appelle la « maximisation du profit », des chimistes ont alors réussi à inventer un procédé permettant d’atténuer l’amertume du Robusta, qui a conséquemment envahi les rayons de supermarché, saturant la production mondiale.

B. Le vice-président de la banque mondiale se promène au Vietnam, alors en pleine reconstruction. Il voit des collines boisées, et se dit, tiens, on pourrait y planter des caféiers. Comme ils l’ont montré à plusieurs reprises au cours du 20ème siècle, les Vietnamiens sont des gens extrêmement déterminés lorsqu’ils ont décidé de s’engager dans une voie. Donc ils ont fait les choses en grand, et sont vite devenus un des premiers pays exportateurs au niveau mondial.

Cette concurrence effrénée de tous et sur tous les marchés a entraîné une crise des prix, et un affaiblissement de la position des petits pays africains producteurs. Comme le Rwanda, le Burundi, ou l’Ouganda. Voilà où on en est aujourd’hui. Merci pour eux. A Madagascar, c’est l’heure d’une médiation internationale.

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Andry, dis moi oui…

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Madagascar est une assonance en « a » qui d’emblée renvoie à une contrée exotique, un nom d’une province lointaine oubliée au fond d’un conte d’enfant.

Madagascar est une île qui fait exactement la taille de la France et du Benelux réunis. On y boit du rhum arrangé à la vanille, on y mange du riz plus qu’ailleurs (160 kilos de riz sec par année et par habitant) à tous les repas, bouilli avec du lait cru au petit-déjeuner comme un pudding anglais. On y retourne les morts tous les ans au fond des pierres tombales, en en référant aux ancêtres. On y meurt aussi depuis samedi dernier de balles réelles tirées sans sommation par les forces de l’ordre censées protéger le palais présidentiel de l’avancée (inexorable ?) des manifestants.

Madagascar est un pays attachant qui fut un territoire d’outre-mer français jusqu’en 1960, et qui pointe aujourd’hui au 144ème rang sur 177 au classement mondial selon le critère de développement humain. Ce qui a le mérite de relativiser tout ce qu’on peut entendre sur les bienfaits de la présence coloniale d’antan.

J’ai passé six mois à Madagascar, et le souvenir que j’en ai ramené, c’est celui d’un peuple violemment pacifique.

Donc lorsque des rassemblements non-violents finissent par verser le sang, c’est qu’il est plus qu’urgent de s’intéresser de près à la question et de se brancher sur RFI Afrique (en streaming sur le site de Radio France).

Pour comprendre ce qui se passe, on peut par exemple se pencher sur le passé, car c’est souvent dans les vieux chaudrons qu’on fait les meilleures soupes à la grimace.

Marc Ravalomanana, l’actuel titulaire au poste de Président de la République malagasy, est un self made man, qui a fait fortune dans l’industrie laitière en commençant par être « trayeur-cycliste » (un emploi courant sur l’île) à l’âge de 10 ans. Raison  peut-être pour laquelle il considère aujourd’hui l’Etat malgache comme sa vache à lait. Elu à la mairie de Tananarive, il se sert de la fonction pour asseoir ses ambitions nationales. En 2002, arrivé quasi ex-æquo à l’élection présidentielle contre Didier Ratsiraka le sortant, tous deux s’autoproclament, comme un temps Martine et Ségolène. Mais l’histoire diffère ensuite car alors Marc (appelons les par leur prénom, ce sera plus facile pour les dyslexiques) organise de grandes manifestations dans la capitale rassemblant tous ses partisans pour forcer le pouvoir en place au rapport de force. Alors Didier qui dispose encore de l’appareil d’Etat commande la destruction de plusieurs ouvrages d’art (des ponts) afin de couper Marc de sa base arrière et d’empêcher les habitants du sud de l’île d’atteindre par la voie terrestre Tananarive pour venir renflouer les rangs des opposants au régime. Alors qu’à l’identique, on imagine mal Ségolène saboter les rails du réseau ferré français (ou mieux, trafiquer un caténaire, comme Julien Coupat…) pour empêcher les TGV partis de Lille Flandres d’atteindre la gare du Nord. Raison pour laquelle Aubry a été élue si facilement. Il faut avoir le courage de ses ambitions.

Mais revenons à 2002 et à Madagascar. Après trois mois de blocages, avec deux présidents assumés (ce qui étrangement a conduit à la paralysie de l’activité du pays, ce qui prouve bien que les présidents, moins il y en a, mieux c’est (à l’inverse du saucisson ou de la tarte aux poires)), Didier finit par jeter l’éponge et s’enfuir en France, à Neuilly-sur-Seine précisément, où on lui offre l’asile (les mêmes qui ensuite ont remis en cause la jurisprudence Battisti…). Nous, les Français, qui ne ratons jamais une occasion de briller, sommes les derniers de la communauté internationale à reconnaître diplomatiquement le nouveau gouvernement, ce que Marc n’oubliera jamais. Cependant, en 2002, malgré une crise prolongée confinant parfois à la guerre civile, on pouvait compter les victimes sur les doigts d’une main. Là, les évènements de samedi ont causé 28 morts. Les temps changent.

Depuis 2002, Marc a déconné. Il a globalement géré le pays comme sa petite SARL, a brillé par sa capacité à corrompre, à privatiser, à faire du pognon. Il avait promis du pouvoir d’achat au peuple malgache qui aujourd’hui ronge son frein pour faire passer la faim. Il s’est acheté un nouvel avion présidentiel, un Airbus A320, pour soixante millions de dollars, 1,33% du PIB ! Il s’est totalement converti aux intérêts américains, et preuve de son incommensurable connerie et prétention, a instauré l’anglais (que personne ne parle, évidemment) comme troisième langue officielle du pays, derrière le malgache et le français. Sous prétextes que lui a fait ses études dans une université de la Ivy League. Bref. Marc est celui qui a inventé la présidence bling bling avant l’autre. Pourtant réélu au premier tour en 2006. Ce qui n’est pas de très bon augure.

Andry Rajaolina est le fils spirituel de Marc Ravalomanana, son clone rajeuni. En phase avec son époque BetoBe. Jeune homme volubile, ancien deejay professionnel, ayant fait fortune en montant deux boîtes de communication, il a trente quatre ans. Un an de plus que le Christ. A sa mort. Il est devenu maire de Tananarive il y a deux ans. Il a une grande gueule.

Marc, ce con, a décidé il y a deux mois d’interdir de diffuser la radio de Andry parce que celui-ci a diffusé sur ses ondes une interview de l’ancien président Didier. C’était le prétexte parfait. Andry a mis le volume à fond pour faire cracher les baffles et que les larsens viennent. Depuis, l’un et l’autre s’arrangent à la perfection pour jeter de l’huile de palme sur le feu dès que les braises s’éteignent.

Ce qui est triste et désespérant, c’est que, comme toujours, la population trinque. Sur place, la France propose une médiation. Personne n’en veut vraiment, preuve des bons souvenirs qu’on a laissé là-bas.

Personnellement, ça ne me dérangerait pas qu’Andry parvienne à déloger Marc, bien qu’il n’ait aucune légétimité démocratique pour le faire. Mais j’y crois tout autant que si on me disait que demain, Copé fomentait avec le soutien de députés UMP un coup d’état contre Sarkosie (d’ailleurs, si Andry est un ancien deejay, Jean-François est un très bon jazzman !) qui à la suite quittait l’Elysée. Laissant le pouvoir à Jeff.

Donc pour revenir à Madagascar et à 2008, la seule chose qu’on puisse sérieusement espérer, c’est qu’il n’y ait pas trop de morts.

 

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Un dimanche après-midi

C’est dans un café du dix-huitième arrondissement, un dimanche après-midi. Il est seize heures. C’est un dimanche après-midi et il y a du soleil qui passe à travers la grande baie vitrée, et des gens dans la rue. Il y a un homme d’une cinquantaine d’années qui est assis seul dans un anorak rouge, devant une petite table ronde, en bois verni noir, dont le plateau repose sur un pied en fer forgé. Sur la table sont posées trois barquettes Tupperware.

Une vieille dame arrive, elle vient s’asseoir à sa table, en face de lui. Elle doit avoir 80 ans ou un peu plus ou un peu moins, elle se déplace lentement, et l’homme lui tire la chaise et précautionneusement l’aide à s’asseoir sur le dossier, du côté de la baie vitrée. Elle a les cheveux blancs et lui une barbe grise, et ils se ressemblent.

« Je t’ai apporté des choses, dit l’homme. Pommes de terre aux lardons, salade de fruit, et chou farci ».

La vieille dame soupire, elle lève les yeux au ciel, on se sait pas si elle très fatiguée, touchée par l’attention de son fils et extrêmement gênée, ou simplement irritée par cette ingérence dans le régime alimentaire de sa semaine qui commence. Mais elle ne dit rien.

« Je t’en ai mis deux, des choux, comme ça tu pourras manger avec Chantal ».

« Tu sais, j’ai arrosé les tulipes ce matin, avec mon petit arrosoir, et j’ai sorti les fleurs au soleil », elle lui répond quelques secondes après.

Le serveur arrive. L’homme commande deux Irish Coffee, et il n’y a pas eu de consultation préalable. Tout se passe comme de bien entendu. Deux Irish coffee arrivent sur la table, joliment servis dans des verres à pied, et ça ressemble à un rituel du dimanche.

On n’entend pas leur conversation, les deux parlent bas.

« Oh regarde, une randonnée en roller », dit soudain l’homme.

La vieille femme se retourne et regarde le défilé des jeunes gens en roller dans la rue, c’est un dimanche après-midi, il se passe plus d’une minute avant que tout le cortège ne se soit écoulé comme le sable d’un sablier.

« Alors, ils sont bons, les Irish ? », vient demander le serveur. Il s’excuse de n’avoir pas réussi à reproduire fidèlement les trois couches de whisky, de café noir, et de crème fouettée.

« Cet après-midi, je me suis dit, je vais appeler Maman, et on va aller boire un Irish Coffee ensemble », dit l’homme une fois que le serveur est reparti derrière le zinc.

Après, ils gardent le silence.

L’homme demande l’addition, quatorze euros.

«  C’est cher », dit la vieille dame.

« Non, c’est les prix », lui répond son fils. La monnaie revient, il glisse les pièces dans le porte-monnaie de sa maman, et tous deux se lèvent ensemble et s’en vont.

C’est donc un dimanche après-midi. 

Pierrot la lune et les faiseurs d’éclipse

A propos d’histoires de cartouchages. Dans l’actualité, ces derniers jours, deux histoires qui se ressemblent, deux livres, où à chaque fois il est question d’éthique, une matière dangereuse à manier et explosive comme un bâton de nitrate. Il y a bien sûr l’ode de Pierre Péan à notre médecin de ministre dont les prises de positions ingérentes ont semble t-il parfois pu confiner à la prise d’intérêt. Il y a le livre, et K. qui répond à la tribune de l’Assemblée Nationale, mais qui de manière étrange, n’annonce pas fermement qu’il portera plainte pour diffamation. Ça m’a fait penser à cette réplique de Jean-Claude à Popeye dans les Bronzés :

« - J’sais pas ce qui me retient de te casser la gueule !…

- La trouille, peut-être… »

Je n’ai pas spécialement d’avis sur la question si oui ou non, il y a eu manquement, mais l’épidermie m’inciterait plutôt à donner crédit à Péan, terme qui en grec archaïque désigne un chant d’action de grâces en l’honneur du dieu, dans la mesure où BHL soutient avec une violence mal dissimulée son ami Bernard, parlant de « saloperies », désignant le grand Pan comme un nain qui cherche à se jucher sur les épaules de K.,  quelqu’un qui a « une vie et une œuvre extraordinaire ». Comme je l’ai lu sur un autre blog, « si BHL s’en mêle, c’est que Péan doit avoir raison ».

Mais l’autre inquisition littéraire dont je veux parler aujourd’hui, c’est celle dont a gratifié une journaliste du Nouvel Obs (l’ancien étant défectueux) Pierre Perret après la parution du deuxième tome de ses mémoires, A Capella.

Je suis tombé par hasard sur la réponse de Pierre Perret, publiée dimanche dernier dans le Journal du Dimanche, sans avoir suivi le début de la polémique.

Dans un deuxième temps, j’ai eu sous les yeux l’article pamphlétaire du nouvel Obs dont la virulence du propos m’a surpris. Je ne pensais pas que Perret avec son zizi et ses jolies colonies de vacances pouvait déchaîner de telles passions…

Je ne vous refais pas l’histoire, il y a ici les deux liens qui renvoient vers les deux articles comme autant de renvois d’ascenseur. D’ascenseur social : Pierre Perret est né à Castelsarrasin où ses deux parents, Maurice et Claudia, tenaient le Café du pont.

http://bibliobs.nouvelobs.com/20090129/10277/perret-et-le-pot-aux-roses

http://www.lejdd.fr/cmc/chroniques/200905/pourquoi-tant-de-haine_183895.html

Sommairement, pour ceux qui sont à la bourre ou qui ne savent pas co ment activer un lien (penser alors à activer ses relations), je vous résume l’intrigue.

Perret dans son bouquin, raconte avoir rencontré à maintes reprises Léautaud, l’auteur clochardeux et misanthrope qui écrivait ses romans (que je n’ai pas lus) dans son pavillon de Fontenay-sous-Bois dans une atmosphère saturée d’urine de chat, ce qui est quand même la preuve d’une certaine ouverture d’esprit.

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En me documentant sur le personnage, je lis à l’instant que ses dernières paroles prononcées furent « Maintenant, foutez-moi la paix ». Allusion à peine voilée au conflit israélo-palestinien qui en était à ses premières gesticulations l’année de sa mort en 1956. Problème : la grande Sophie du Nouvel Obs prétend que Léautaud n’a jamais rencontré Perret. Et donc que réciproquement, ça marche aussi. Perret aurait raconté ça à l’époque pour se faire mousser auprès de Brassens qui l’avait un temps pris sous son aile. Moi, j’avoue, j’en sais rien, j’étais pas là. Perret a sommé Sophie d’apporter les preuves au tribunal qu’il n’avait jamais rencontré Léautaud, ce qui est assez finement joué, car il est vrai qu’il est difficile de prouver que quelqu’un n’a pas rencontré quelqu’un, à la limite, l’inverse est plus facile. Mais bon, en fait, derrière toute cette histoire de Léautaud, il n’y a qu’un prétexte à d’autres règlements de compte, où Brassens pointe le bout ses moustaches. Comme moi les miennes. Avec la discrétion d’un chat. Je me suis demandé où Sophie avait glané toutes les infos qu’elle débine dans son article contre Perret comme autant de torches incendiaires, si il y avait un gros travail de terrain derrière, ou quoi. En fait, elle ne fait que relayer une série d’accusations qui ont commencé à essaimer sur les blogs des protecteurs de la mémoire de Brassens depuis décembre. Comme si Brassens avait besoin que quelqu’un s’occupe de sa mémoire et que ses chansons ne suffisaient pas. Les amis autoproclamés de Georges (pas ceux qu’il a vraiment connus) ont même monté une association, Auprès de son arbre, pour prendre Racine (en otage) et sortir les griffes dès que quiconque ose taquiner un tant soi peu la mémoire du Maître. Perret a osé faire descendre quelques critiques sur le catafalque, et les autres sont montés au créneau : sans doute veulent-ils mettre au formol l la grandeur d’âme de Georges de peur qu’elle ne pourrisse, ce qui ne me plaît guerre, car je n’adore pas les batailles mémorielles, pas plus concernant l’Algérie que la Brassensie.

Ce que Perret suggère, c’est que Brassens a jalousé à un moment donné son succès. Après tout, pourquoi pas ? Ça ne retire rien à la valeur de Brassens, ça prouve juste qu’il était bien fait de bois brut. « « Tiens, dit-il en me tendant une cassette qu’il extirpa de la poche de son blouson, c’est Georges qui m’a donné ça pour toi. Il pense que tu pourrais la chanter », raconte Perret qui croit un instant qu’il s’agit d’une chanson de Brassens. « C’était une chanson de comique troupier ».

Alors toute l’armée des douze singes (les Gorilles) de se mobiliser pour délivrer des certificats de bonne moralité à Georges qui n’en demanderait sans doute pas tant, et dont la nature timide rougirait à ces éloges : « Tous les témoignages concordent. Il n’était pas dans la nature de Georges d’être jaloux », affirme le directeur de la revue des Amis de Georges. Ainsi soit-il, puisqu’ils le disent. Et c’est de là que ça a dérapé, et Perret a fini par se faire accuser d’être un fieffé menteur, un enlumineur d’histoire, un plagiaire, allez, encore un effort, et on dira aussi que c’est un pédophile.

Moi, bien sûr, je ne prétends à rien. Ni à la vérité ni au démenti. Je prétends juste au petit plaisir d’écouter une chanson de temps à autre qui rend heureux. Brassens avait pour cela un talent indéniable. Mais Perret aussi.

Et voici juste ici là où je voulais en finir : aux coeurs entrelacés… 

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Une photo

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Bien sûr, personne ne la connaît. Elle s’appelle Marie Marchand-Arvier, et elle est depuis cet après-midi vice championne du monde du super G. J’aime bien cette photo. Il y a d’abord ce qui saute aux yeux, le champagne qui coule à flot contrôlé, et ces deux culs de bouteille armées comme des roquettes. Dans le sport contemporain, on a plus souvent l’occasion de contempler des scènes à base de champagne à l’arrivée des grand prix de Formule 1, lorsque des pilotes qui gagnent à chaque coup de volant une dizaine de SMIC s’aspergent en rigolant, comme des mômes l’été avec des pistolets à eau. Gâtés pourris, les mômes. Il y a aussi du champagne à l’arrivée des transats au long cours, et des bouteilles qui viennent se fracturer contre la coque avant (donc la proue, n’est-ce pas) du catamaran victorieux. Dans les deux cas, le champagne relève davantage de la décoration que d’une tentative un tout petit peu sérieuse de se la coller…Les bulles sont un artifice à destination des photographes (immortaliser l’instant) et des sponsors, mais une fois le champagne imbibé dans les combinaisons ou dilué dans l’immensité salée de la marine, je vois plutôt Michael Schumacher carburer à l’eau plate minéralisée, et Michel Desjoyeaux au calva vieilli.

Ici, sur la photo, l’impression que j’ai, c’est que Marie n’a aucunement l’intention de laisser le champagne s’éventer. Alors il y a certes un peu de gaspillage, et l’une des bouteilles s’écoule en une petite cascade, mais comme chacun sait, il est difficile de boire simultanément au goulot de deux bouteilles. Mais Marie a bien l’air décidé à liquider l’autre bouteille. On ne dirait pas qu’elle boit pour la postérité, mais simplement parce qu’elle a soif, et que le champagne, c’est bon. Là, le fossé entre le sport business où la valeur d’une bouteille de champ’ n’a pas plus de sens, car les Euros pétillent comme des petites bulles énervées, et le sport tout court. D’ailleurs,
la Fédé de ski est réputée pour ses difficultés financières chroniques, et sans rien connaître de la vie ni de la carrière de Marie, et sans jurer qu’elle fait les fonds de tiroir pour s’acheter une paire de moufles en goretex, on peut présumer qu’elle n’a jamais signé de contrat mirobolant pour valoriser son image, et qu’elle ne fait pas de ski pour entrer dans le classement Forbes des grandes fortunes.

On voit derrière les boutanches l’œil décidé, la mèche brune qui dépasse du bonnet blanc (rien à voir avec le blanc bonnet) et la frimousse jolie et éprouvée par l’effort accompli. Pas d’expression de joie impudique, mais juste une poudreuse sérénité et une envie de boire du champagne. Un rayon de soleil oblique. Un ange blanc qui passe à toute allure entre les piquets. Et la médaille d’argent en bas.

 

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