Siné sème (encore) sa zone

Comme on dit, les affaires reprennent. Siné répondait hier et aujourd’hui de délit d’antisémitisme, d’incitation à la haine raciale, et peut-être même de parjure à l’humanité, allez, tant qu’on y est, pour la petite chronique qu’il avait commise l’été dernier dans Charlie, et qui lui avait valu un licenciement du journal dans lequel il semait pourtant sa zone depuis des lustres, lustrant les costumes des toreros, patinant les parkas vertes kaki des tueurs de gibier et froissant les robes des prêtres, rabbins et autres imams de son écriture pleine d’enzyme libertaire, en même temps que les susceptibilités. L’histoire, tout le monde la connaît. Et la LICRA, Philippe Val n’ayant pas eu le courage sans doute de le faire, a porté plainte pour la fameuse critique anti-jeansarkoziste.

Le procès a débuté hier, et étrangement il s’est tenu à Lyon, à la demande de la LICRA. Pourquoi à Lyon ? Bien que ce ne soient pas les allégations officielles de la partie civile, il est probable que la LICRA ait voulu évité que l’affaire ne soit jugée devant la même cour qui avait l’année passée, et à raison, absout Philippe Val pour la publication des caricatures de Mahomet…

Donc se sont succédés à la barre les arguments fallacieux et les témoins de bonne moralité, mais uniquement la leur : Dominique Sopo, le président de SOS Racisme, ami intime de Philippe Val que j’avais vu témoigner l’année passée pour défendre le droit à la critique religieuse lors du procès des caricatures. Bernard-Henri Lévy, qui porte son sigle BHL comme la marque de sa petite entreprise unipersonnelle et lucrative de philosophie sans réflexion. BHL qui écrivait encore il y a 2 semaines à propos de Gaza (en prenant des pincettes de homard): « Et puis, enfin, je peux me tromper mais le peu, très peu, que je vois (..) indique la ville sonnée, transformée en souricière, terrorisée – mais certainement pas rasée au sens où purent l’être Grozny ou certains quartiers de Sarajevo. Peut-être serai-je démenti quand la presse entrera enfin dans Gaza. Mais, pour l’heure, c’est, encore, un fait ».

gaza.bmp

J’ai écouté récemment les cours enregistrés par Gilles Deleuze à l’Université populaire de Vincennes dans les années 70, où d’une voix chaude comme une poignée de marrons grillés au feu de bois, il explique ce que cela veut dire pour lui, « être de gauche ». Vous pouvez l’écouter en cliquant sur le lien. : http://videos.nouvelobs.com/video/iLyROoafYczR.html. « Etre de gauche, c’est être minoritaire », dit Deleuze. BHL croit qu’être de gauche, c’est soutenir Ségolène Royal aux présidentielles alors qu’il est un ami intime de Sarkosie avec qui il a passé de nombreuses vacances aux sports d’hiver dans une station huppée des Alpes, ainsi que discourir l’éloge funèbre de Jean-Luc Lagardère lors de ses obsèques, dont il était bien sûr aussi un ami du premier cercle. BHL est à la pensée intelligente ce que Sarkosie est à la sincérité politique : l’absolue négation, et rien ne compte tant que l’agitation et la couverture médiatique, qui est pour leur ego surdimensionné une couverture de survie.  

Le procès démarre. Me Jakubowicz, l’avocat de la LICRA, annonce à la presse : « Les masques tombent aujourd’hui. Siné apparaît comme le gros beauf qui utilise des arguments d’extrême droite quand il dit : « Il y en a partout ». Sa véritable personnalité apparaît. La société a changé, on ne peut plus faire de blagues grasses sur les blacks, les youpins, ou les bicots ». Voilà, ça a été très violent, comme ça, durant deux jours. Et d’abord, qui l’a décidé qu’on ne pouvait plus faire ce genre de blagues ? Qui peut décréter, comme l’a fait BHL, que la ligne jaune avait été franchie ? Grand bouffon, il prétend que le stéréotype riche-juif « véhiculé » dans la chronique de Siné « jette le feu dans la tête des gens ». Comme si l’on prenait Siné pour notre idéologue. Comme si on le prenait au sérieux. Et qu’on était pas capable de rire. Juste de rigoler. Qui disait que la gravité était le bonheur des imbéciles ? Montesquieu. Alors Siné se défend.

 chatsin.bmp

Et ce qu’il dit coule de source : « Il s’agit de propos humoristiques destinés à faire rire, sourire. Je ne tiens pas une chronique dans le Monde Diplo ». Voilà, tout est dit ou presque, ce jeu de posture, d’imposture, d’hypocrisie qu’on lui inflige, alors qu’il déverse la même parole un peu vérolée, mais marrante parce que tellement viscérale depuis vingt ans, et qu’il n’a jamais préservé ni la chèvre voilée ni le chou à kippa. Val plus tard, appelé à l’audience, se débine complètement, lâche Siné, fait semblant de prendre sa part de responsabilité en tant que directeur de la publication (« J’aurais du relire la chronique, je savais qu’il y avait parfois des problèmes de racisme ou de xénophobie ») pour mieux accabler l’autre. Ça m’a rappelé Daniel Bouton, le pédégé de la Sogé, offrant à la meute des journalistes financiers le scalp de Kerviel. En fin de journée défilent les soutiens de Siné. Sid Ahmed Ghozali, ancien premier ministre algérien : « Bob Siné est un humaniste ». Marc Feld, un architecte qui dépose en se présentant assez rapidement comme juif : « Au fond, Siné est un juif d’honneur ». Et Bedos, qui à la première question de Me Jakubowicz tentant de le faire réagir à une phrase un peu douteuse de Siné, répond à l’avocat : « Tu m’emmerdes ». Ce qui est une excellente réponse. En fait, il n’y en a pas d’autres. Ils nous emmerdent, ceux qui font semblant de ne pas comprendre, ou ceux qui comprennent de travers, ceux qui passent chacune de nos phrases au rayon laser de leur logiciel de pensée préformaté censé détecter des traces d’antisémitisme comme on détecte des traces de produits dopants dans le sang d’un coureur cycliste, comme si cela constituait une preuve. C’est comme de jouer aux échecs contre un ordinateur : chiant, parce qu’il gagne toujours, mais pas pour les bonnes raisons.

Alors, aujourd’hui, j’ai été content quand on est enfin revenu à un peu de raison. Le procureur a requis la relaxe, estimant qu’on était seulement sur le plan de la provocation, ajoutant, que l’honneur lui soit rendu, « qu’il fallait prendre garde à ne pas tomber dans le politiquement correct » et à ne pas se comporter comme des « snipers de la morale ».

En tout cas, on ne peut pas dire que Siné n’aime pas les chats.

chat2.bmpchat5.bmpchat3.bmp

Merci pour lui. 

onlesaura.bmp

 


Autres articles

Un commentaire

  1. gaston dit :

    C’est bien, beau texte, et combien je suis d’accord!

Répondre

Cadence infernale. |
poésie c'est de l'art ,prov... |
athkanna philosophie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | aaronjosu
| lectures, actualités et photos
| Auberge-Atelier