SNCF : Yes we can !

Pour qu’un blog marche et génère du trafic, il faut atteindre un degré minimal de « polémisation ». La polémisation, c’est comme la pollinisation, ça virevolte aux vents, et avec un peu de bol, on arrive à de nouvelles boutures. Faire des comptes-rendus de conférences macroéconomiques ne suffit pas. Alors pour gesticuler un peu, il y a toujours des valeurs sûres, des indétrônables, des questions indécrottables : BHL est-il un philosophe ? Le castrisme est-il un totalitarisme ? La presse de gauche est-elle en déclin ? On en vient vite à radoter. Moi j’ai choisi aujourd’hui de tabasser la SNCF, qui est, elle aussi, il faut le reconnaître une cible de premier choix (sous couvert de la problématique : la SNCF fait-elle encore mission de service public ?) : les fléchettes s’y enfoncent comme dans du beurre. Car la SNCF, comme dit Sarkosie, c’est quand même extraordinaire ! Voilà une entreprise publique qui bénéficiait il y a une dizaine d’années d’une côte de sympathie relativement élevée dans tous les segments de l’opinion, une entreprise qui faisait un peu la fierté française – la vie du rail, quand la National British Railways récemment privatisée et totalement démantibulée, était la risée de l’Europe. En à peu près une décade, la SNCF aura réussi l’exploit de se faire détester par à peu près tous les gens bien de ce pays, disons beaucoup de gens de gauche, et en tout cas tous les chats. Si c’est ça, le service public, alors autant faire appel à la ressource privée. L’histoire d’un sabordage organisé par la direction elle-même.

SNCF : Yes we can ! dans Train-train SNCF_TGV_Duplex_206_Illiat

Dans mes souvenirs d’enfance (à ce sujet, il y a un livre brillant du non moins fantastique Régis Jauffret, qui s’appelle l’Enfance est un rêve d’enfant, je reparlerai de RJ), la SNCF était une entreprise à l’image familiale, chroniquement endettée, dont le bilan évoquait vaguement le trou de la sécurité sociale, mais tout le monde s’en foutait, l’Etat épongeait, comme un copain sympa après les vomissures. On montait dans un train en gare de Mulhouse pour aller voir le Racing jouer à la Meinau, avec la carte de réduction famille nombreuse (celle qu’ils voulaient supprimer l’année passée), on savait qu’on avait 40% de réduction sur tous les trajets, les billets valaient tous 42 Francs, qu’on l’achète avec deux mois d’antériorité ou cinq minutes avant le départ du train. On pouvait même acheter son coupon directement dans le train, moyennant un petit supplément de dix balles, et on vous regardait pas d’emblée comme un fraudeur…C’était un vieux tortillard chaleureux, le genre train à vapeur, même s’ils ont disparu depuis quarante ans. Le genre, quoi. Les contrôleurs étaient mal sapés et les sièges étaient pas designés par Lacroix, mais néanmoins confortables, en épais molleton. Au wagon bar, il y avait pas le hachis Parmentier de canard façon Lenôtre, mais juste le mythique sandwich SNCF. Pas épais, quoi. Voilà, quand on en avait besoin, on savait qu’on pouvait compter sur le train, et la SNCF avait un peu le goût de la confiture de groseille de grand-mère. Il y avait bien un TGV qui reliait déjà Paris à Lyon à 300 km/h et des ballons, mais c’était juste pour le côté fleuron industriel de la nation…A part ça, on prenait que des vieux coraux. Et puis un jour, et sans doute petit à petit, la SNCF est entrée dans une logique commerciale, et ils ont commencé à mettre des gélifiants et des conservateurs d’arôme dans le pot de confiture. Leur recette, c’était : profit, marketing direct, rentabilité. Ils se sont mis à moderniser le parc de locomotives et de wagons, les lignes TGV sont apparues comme les fils d’une toilé d’araignée dans une maison de campagne à l’abandon. Et puis ils se sont attaqués à la politique tarifaire, ils ont créé des tarifs discriminants (à l’époque, il aurait fallu saisir la HALDE), pour accroître les marges, ils ont créé les périodes bleues, et les périodes blanches, mais c’était pas comme la période rose de Picasso, c’était pas une démarche artistique, juste 100% lucrative. Avant, la carte 12/25, ça voulait dire 50% de réduction, maintenant, en gros, ça veut dire 25%. Un billet Strasbourg/Paris un lundi matin acheté la veille coûte à peine 100 Euros, un quart de RMI. Pour comparaison, j’ai traversé l’Inde (3500 km, 80 heures de train, Nord Sud Ouest pour 2000 roupies à peu près, 30 Euros, en couchette…). Bref. Vous connaissez l’histoire. Les contrôleurs sont devenus plus tatillons et procéduriers que des huissiers en fin de droit. Bref.

 

PICT3561w%20-%20Hyene%20femelle%20avec%20une%20proie dans Train-train


La SNCF se prépare depuis dix années à l’ouverture du transport de passagers à la concurrence. Mais demeure néanmoins monopolistique. Si bien qu’aujourd’hui, j’en viens à espérer que Bouygues, Virgin, ou d’autres, autant de boîtes que j’adore, créent une filiale ferroviaire et acceptent de me transporter pour moins cher. En gros, d’après mes calculs (!), les tarifs devraient alors décélérer de 30%. Pas étonnant que la SNCF ait affiché l’année passée un bénéfice annuel record de plus d’un milliard d’Euros, ça convole pas encore avec les scores de Total, mais enfin, on est loin de
la PME provinciale…

Alors pourquoi parler de la SNCF maintenant, sinon pour se défouler un peu ?

Parce qu’elle fait l’actualité pour deux motifs ces jours-ci.

D’abord leur site Internet a connu une panne monumentale, comme ça arrive régulièrement. C’était arrivé déjà fin juillet (chassé-croisé des vacanciers juilletistes et aoûtiens). C’était déjà arrivé fin novembre (début des réservations pour Noël). A chaque fois, la direction de la SNCF avait argué d’une sur-fréquentation de leur site, et d’une incapacité de leur serveur à gérer un si grand nombre de connexions. Mais cette fois, le 15 janvier, alors que tout le monde a repris le boulot, et pense qu’à se pelotonner sous la couette ? Et ben ils ont osé ressortir le même argument. De vraies branques. Peur de rien. Des chats d’appartement qui ont jamais vu la couleur de la rue, les types de leur service communication. Même le journaliste de l’AFP qui a rédigé la dépêche se fout ostensiblement de leur gueule : « Le site avait connu deux grosses pannes en juillet et novembre, qui avaient bloqué totalement achats et réservations pendant plusieurs heures. Après la panne de juillet, la SNCF avait promis d’en « tirer les enseignements ». Voilà comment se termine la dépêche.

En fait, ce site est une vaste blague. Tu vas dessus pour acheter un billet de train (aspiration légitime) et on te propose en vrac la location d’une bagnole via AVIS, des vols dégriffés vers les Canaries, ou un séjour all inclusive de 10 jours à Phuket. Quand tu as cliqué sur le bon icône pour confirmer que, non, la seule chose que tu souhaites, c’est de réserver un billet de train, ça bugge une fois sur deux. Mais la vraie plaisanterie, c’est que le site voyages-SNCF remporte chaque année le prix du meilleur site voyageur en France. On le sait, ils n’hésitent jamais à faire leur auto-promo. Le genre de sondage aussi truqués que celui commandé par Pécresse contre Karoutchi, relatif à la tête de liste des futures élections régionales en Ile-de-France et dont on connaissait les résultats avant même que l’enquête ait été réalisée. En fait, c’est comme si le quotidien gratuit de Bolloré, Direct soir s’était vu décerner un prix de journalisme pour la crédibilité et l’honnêteté de l’information, ainsi que la qualité des analyses de fond. Ou que la RATP se félicitait de la ponctualité du RER A ces douze derniers mois. Une vaste blague.

Deuxième raison pour laquelle la SNCF fait l’affiche ce jour : la hausse annuelle de ses tarifs (3,5%, une broutille). Ça, c’est comme le prix du tabac : on trouve déjà que c’est trop cher, mais on sait pertinemment que ça augmentera sans cesse. Tant que les gens fumeront ou prendront le train. Comme si on avait le choix. Vous avez déjà essayé d’arrêter ? Faire du stop, alors ? Ou prendre des patchs ? C’est ça, leur politique de maximisation, la maximisation de la rafle sur le portefeuille du consommateur lambda. Car la vraie clientèle qu’ils visent, ce sont les « pros » comme ils disent dans leurs pubs, les cadres qui peuvent sans sourciller s’offrir un aller retour Paris/Bordeaux en première classe pour 1500 boules vu que ça passe en note de frais. Enfin voilà, pour les chats, c’est toujours 5 Euros 10 dans une petite boîte grillagée. Et ouais, ils ont peur de nous. Et encore, c’est si le matou pèse moins de 6 kilos. Sinon, c’est un billet de deuxième classe demi-tarif. Moi, je fais 61 kilos. Mais ils vont pas réussir à me faire démarrer un régime. Et je fume dans les toilettes. Je leur crache la fumée à la gueule.

 


Autres articles

Répondre

Cadence infernale. |
poésie c'est de l'art ,prov... |
athkanna philosophie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | aaronjosu
| lectures, actualités et photos
| Auberge-Atelier