Archive pour décembre, 2008

Ensuite

« Il arrive ! Il arrive ! Ne perdez pas les derniers jours à rire sur les avortons à la peau léopardée et à la queue bordurée ! Ne dissipez pas les sept derniers jours ! »

C’est ce que gueulait Jorge de Burgos, le vieil aveugle que raconte Umberto Eco dans le Nom de la rose, pour mettre en garde ses confrères moines contre la venue de l’Antéchrist. C’était en 1327. Et aujourd’hui, en 2009, pareil, chacun peut voir l’Antéchrist à sa porte. Suffit d’avoir l’oreille. Et d’ouvrir l’œil. Moi j’entends les ultrasons à 60 000 Hz par seconde, et j’ai une pupille ovale et très noire au fond d’un œil vert sorcier, donc je suis prédisposé.

Salut. J’suis le chat qui fume. On se connaît pas, mais ça va pas tarder. Car moi aussi j’arrive. J’ai la peau qui tigre et la queue qui cravache. Et moi aussi je le sens ce climat délétère ; l’impression que l’air se raréfie et que l’humanité file un mauvais coton, dans lequel elle tresse la toile de son linceul. Moi aussi je les ai entendues sonner, les sept trompettes de l’apocalypse, à m’en faire sauter les tympans, en 2008. Siné viré de Charlie, je connaissais bien son chat, un ami d’enfance. La réforme des lycées de Xavier Darcos, et tous ces chatons désoeuvrés dans la rue. La réincarcération de Jean-Marc Rouillhan, le chat sauvage d’Action directe. La publication du dernier Florian Zeller dont la lecture m’a hérissé les poils. La crise financière qui intervient évidemment au moment même où je tente désespérément de négocier le rééchelonnement de mon prêt que je dois commencer à rembourser ce janvier 2009, souscrit pour suivre mes études de félinologie supérieure. La mascarade des jeux Olympiques offerts au gouvernement chinois, qui outre de traumatiser le peuple tibétain, autorise sans l’ombre d’un scrupule qu’on serve ses chats en sauce à la carte des restaurants. Et puis la hausse du prix des cigarettes, qui grève mon budget. Moi aussi je suis un enfant de Bernard Madoff. Moi aussi je vois bien la grande inquisition à l’œuvre : le sus aux sans-logis, aux sans-emploi, aux sans-grade, aux sans-culotte, aux incontinents. Moi il m’arrive à l’occasion de pisser sur les moquettes.  Et pour vous dire la vérité,  moi aussi je me suis cherché une baraque en 2008, une maison d’édition. Mais c’est la crise immobilière jusqu’à la rue Sébastien Bottin. Personne a voulu me signer de bail. J’ai pas les cautions nécessaires…Alors pour 2009, je me suis monté un abri de fortune. Ce blog, c’est juste pour me faire les griffes. Partout il y a des caravanes qui passent et des chiens qui hurlent. Moi je suis le chat et je reste en place. Mon QG, c’est une gouttière dans le 18ème  arrondissement, à l’ameublement spartiate, mais cela dit confortable. Sur le toit, j’ai monté une petite cabane, je me suis tapissé une litière avec quelques exemplaires de Libé, le papier journal, c’est bien pour les propriétés absorbantes. Et puis l’ADSL…

De là haut j’ai une belle vue. Je vois les humains qui vivent comme dans une ruche enfumée. Moi je suis sur l’arête du toit et je fume des clopes avec un porte-cigarette, il y a même un petit filtre fait de cristaux qui retiennent les goudrons, j’fais gaffe à mon hygiène de vie.

Ce blog, c’est juste pour me faire les griffes, et avant que la date de péremption n’expire, que le monde entier n’ait été préempté par les nouveaux apôtres du CAC 40, ceux qui bouffent que du Gourmet et du Sheeba en portions individuelles, et avant que le jugement dernier ne survienne – le grand Inquisiteur mandaté par Rachida Dati, ça fait frissonner.

J’ai des trucs à dire. Sur tout et n’importe quoi. Un chat aussi à son idée sur les réformes constitutionnelles ou sur le recrutement d’un nouvel attaquant au PSG. Un message à porter. Surtout dans cette vie gris souris où ce sont surtout les hérétiques qui ont voix aux chapitres.

On entend certains qui disent que le pouvoir d’achat se casse la gueule en flèche, et l’INSEE qui jure ses grands dieux que le panier de la ménagère a pas bougé d’un pouce en 2008, ils ont pas dû voir que le mitonné aux petits légumes et la terrine de lapin avaient été remplacés par des croquettes marque repère. On entend dire que l’Inde a aboli le système des castes, et on voit les Indiens s’empiler chaque nuit les uns sur les autres sur les trottoirs marchands de sommeil, et même s’ils sont touchables, il y a personne pour les toucher, personne pour leur caresser le dos, ou leur souffler dans les oreilles. On entend que la bourse se casse la gueule et que les testicules des financiers, des petits traders à la criée pendent au-dessus de la tête des petits porteurs comme une épée de Damoclès. On voit des bénéfices mirobolants, on lit que le PS a vendu son âme, que la mère Martine a perdu son chat. On en sait de plus en plus, mais le monde est à l’obscurantisme. Il y a des mystères à démêler. Longtemps, ils ont essayé de pas nous donner voix au chapitre. Je suis bien placé pour le savoir, nous, les chats, on a souvent été en première ligne, au chapitre de la magie noire. Au treizième siècle, il y avait un remède qui circulait pour résoudre les problèmes de fertilité : il fallait tuer un chat noir et lui arracher les yeux, puis les mettre dans deux œufs de poule noire, puis mettre les œufs à pourrir dans une pyramide de crottins de chevaux, et là serait né pour chaque œuf un diablotin, qui aurait assuré le bon fonctionnement des hormones. On est plus au Moyen-âge, mais parfois on a l’impression qu’on est en train d’y revenir. Alors je veux porter la voix du chat. Moi j’suis un chat qui fume, de la droite lignée des cracheurs de feu et des crocheteurs de souris. Quand on m’énerve, j’allume une Lucky Strike, comme Ho Chi Minh, et je perds mes poils. Ce blog, c’est ma nouvelle petite entreprise unisalariée, et celle-ci connaît pas la crise.

J’ai déjà quelques idées pour la nourrir. Pour 2009, je vous promets des nuits chez des épiciers arabes, des rails tirés dans des squats sévillans avec des toxicos andalous, des bouts de poème, des notes de Brésil et des restes d’Inde.

Il y a un type qui disait qu’il y avait pas assez d’amour sur terre pour le consacrer à autre chose qu’aux êtres humains. J’en sais rien. J’ai des bons potes chats. Je connais personnellement Béhémoth, il me raconte souvent la fois où il s’est enfui d’un supermarché en feu, un réchaud sous les bras : il venait de renverser une pyramide d’orange en en piquant une à la base…tout le monde l’a accusé, à tort bien sûr, les chats sont souvent présumés coupables. Je connais aussi très bien le chat qui a accepté de prêter son corps pour le suicide final de la petite souris de l’écume des jours. J’ai des potes qui écoutent du jazz. En tout cas, voilà, j’ai les moustaches longues, j’ai des connexions. .

Il y a des oiseaux du paradis qui volètent en cage dans mon crâne. Il y a des pensées bizarres, mais lucides, vous allez voir. Je fais confiance à mes réflexes. Les grenouilles sont balèzes pour faire la pluie et le beau temps, ben moi, quand Sarko sort son flashball, j’ai les poils qui s’hérissent, et quand il y a des étudiants dans la rue, je ronronne de bonheur. Parfois je suis un vrai carburateur, faut pas chercher plus loin. Je suis le chat qui fume. Il y en a qui vont me prendre pour l’Antéchrist. Mais si la religion du moment, c’est celle du pognon, j’ai bien l’intention de blasphémer. Attendez-vous à me voir chier dans les plantes vertes.

Vous allez voir,

Je vous souhaite la bonne année. Celle-ci, peut-être, ce sera la bonne.

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