le chat qui fume

10 novembre, 2009

Les routiers

Enregistré dans : Non classé — lechatquifume @ 19:06

J’ai arrêté de manger il y a deux jours. J’ai faim. Un jeûne purificateur. Pour mon âme dévoyée. Samedi soir, nous dînâmes dans un restaurant qui s’appelle Les Routiers, ancienne taverne sans aucun doute populaire, cantine cégétiste, où certains consommaient la blanquette pendant que d’autres éclusaient les pressions au comptoir. Lumière blanche, menus froissés et à moitié indéchiffrables, un menu qui ressemble à ces premières pages de journaux au début du siècle, où l’information foisonnait, et où Adobe n’existait pas encore, et où on se salissait les doigts à l’encre qui bave, et là à la graisse de porc, ou à la sauce au vin de clients précédents, il y a des choses du temps ancien qui sont restés. Comme la serveuse, qui ressemble à une miss météo de cinquante ans un peu alcoolique. Promiscuité ; donc chaleur, sauf pour nous, il n’y avait plus de places, on a trouvé un bout de table et cinq chaises dans un recoin, juste à côté de la porte battante sur le froid de l’automne en marche. L’endroit a changé de proprio, qui a gardé la déco, c’est-à-dire l’absence de déco, et le nom, les Routiers, rue Marx Dormoy, l’une de ces rues où ne passe jamais les itinéraires touristiques ou les balades au hasard dans la capitale. Mais le proprio, Patrick, a changé la cuisine. Il a fait des routiers un gastro, servant des portions incongrues. Gargantuesques.
Donc on arrive ce samedi soir. Un demi-sauvignon en guise d’apéritif, et puis le début des réjouissances ; en entrée, je choisis la cassolette d’œuf cocotte aux trompettes de la mort, en fait il en vient deux, goûtues, ces trompettes de la renommée, puis je pioche dans l’assiette de ma voisine (c’était convenu comme ça), de grosses figues farcies de foie gras, servies sur lit de salade et quart de tranche de pain de mie brioché toasté doré et tendre, peut-être beurré, un délice, et agrémentées, il faut bien vivre, de tranches fines de magret fumé, et de rondelles de mortadelle au foie gras. Ce qui est notoire, au sortir de l’entrée, c’est que la faim a disparu déjà. Une cigarette pour donner un peu de liant à toutes ces saveurs en bouche, un verre de rouge réserve, les plats arrivent, coq au vin à ma droite, pigeons voyageurs aux amandes à ma gauche, pot au feu os à moelle pour moi, jamais vu autant de moelle de ma vie, là il n’est pas dur de retrouver la substantifique moelle du plaisir de la graille. De la graille, de la tortore, de la jactance, car aux Routiers, il est naturel de parler comme dans un roman de San Antonio. Peut-être Gabin, ou Blondin, y sont-ils passés un soir de grisbi. Après, il y a un dessert dans ma formule, mais je n’ai pas le courage, alors seulement un café, et puis l’addition vient, elle n’est pas folle, surtout que les digestifs sont offerts, un calva pour la route. A ce moment-là, un des convives, qui est aussi mon colocataire, propose un jeûne purificateur de 5 jours. C’est la panse qui pense, et à ce moment là elle pense que tout est possible. Donc on définit les règles d’exception, les mesures de conservation. Le droit aux fruits frais, et aux alcools forts. Donc depuis trois jours, je n’ai mangé qu’une demi-douzaine d’avocats, vingt clémentines, et trois bananes. Les règles évoluant au fil du temps entrèrent aussi en considération quelques olives à l’huile et quelques godets de vin rouge. Du champagne à offrir par le premier qui craque. Las, le jeu s’arrête ce soir ; François est invité à dîner chez des amis, et moi j’ai faim ; par mesure de convivialité, le jeûne est suspendu jusqu’à nouvel ordre…
En tout cas, je vous recommande les Routiers, rue Marx Dormoy, où on mange bien et beaucoup.
Hier j’étais aux cérémonies de célébrations de la chute du mur, place de la Concorde. Le chœur de l’armée rouge de France jouait au violon les airs qu’avaient joué Rostropovitch au pied du mur. Un des airs m’a transporté, j’ai branché mon dictaphone, et voici bas l’extrait sonore, monté en petit film sur daily motion.

http://www.dailymotion.com/video/xb3lfh_rostropovitch-au-pied-du-mur_creation

Le passage sublime intervient à peu près au bout d’une minute et deux secondes. J’ai essayé de retrouver sur Internet le nom de cette composition, mais je me suis retrouvé comme un con sur google, il est encore impossible de googliser une musique entêtante, c’est comme une odeur chavirante ou un paysage vraiment bath, les mots manquent. Donc j’offre une bouteille à celui qui me dira qui a écrit ça.
Merci pour vos contributions.

 




30 octobre, 2009

Ligue nationale du football, du racollage frontiste, et de l’inconséquence

Enregistré dans : Non classé — lechatquifume @ 16:24

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Gueuler un coup.
Contre Thiriez, à lui en défriser les moustaches, même si c’est du réchauffé. Passé au micro-ondes. Ce con, énarque, président de la ligue nationale de football, qui, se pliant aux recommandations de je ne sais pas quelle obscure commission médico-sociale et sanitaire de santé publique, décide l’abrogation du match de football le plus chaud de l’année, OM-PSG, à quinze heures, le dimanche, six heures avant le coup d’envoi, alors que 1500 parisiens sont déjà sur place et qu’un TGV chargé d’Ultra boulonnais et auteuilois s’apprête à entrer en gare Saint Charles. Tout ça parce que trois joueurs du PSG ont le nez qui coule et un début de fièvre, la preuve, l’un d’entre eux est même à l’heure dite en train de battre le carton avec d’autres coéquipiers dans un hôtel de luxe jouxtant l’aéroport de Marignane. Dès lors, que pouvait-on croire qu’il allait se passer, et qui d’ailleurs se passa, sans avoir besoin de lire l’avenir dans du marc de café, ou pourquoi pas de Gewurtz ? Les supporters parisiens ayant payé comme il se doit leur 150 Euros à la SNCF pour descendre en Provence, ou s’étant tapé dans la promiscuité d’un bus sentant sans doute à son arrivée la bière, voire l’urine, allaient ils civilement s’installer à la terrasse d’un bistrot du vieux port pour commencer une partie de scrabble, ou s’engager dans une visite commentée du musée de la Fayence (il existe, j’ai vérifié) ? Les choses se déroulèrent quelque peu différemment. Pour ne pas avoir le sentiment d’avoir perdu leur week-end, les Parisiens se mirent à casser des trucs, les Marseillais bastonnèrent quelques Parisiens isolés (un peu comme dans un troupeau de brebis, gare aux boiteux), après certains se lancèrent des couteaux, ou se dévissèrent à la gueule des bombes lacrymogènes, un moment donné, les flics entrèrent dans le tas, certains finirent au poste et d’autres dans un TGV spécialement mandaté par la SNCF les ramenant dans la capitale, dont ils taguèrent abondamment chacun des wagons. Faut-il être con, ou avoir fait une grande école, pour ne pas se douter qu’une situation déjà explosive risque de dégénérer à l’annonce de l’annulation d’un match à cause de la grippe A ? Faut-il manquer de clairvoyance, et de lucidité, et raisonner en bon gestionnaire, pour générer une situation comme celle-là, c’est-à-dire ne pas voir les risques réels induits derrière le rideau de fumée des risques virtuels d’une hypothétique pandémie même pas mutante ? Bref, Thiriez doit démissionner.
Gueuler un coup.
Contre Besson. Dont décidément le zèle à devenir le plus stakhanoviste des sarkozistes et le plus imbuvables des mecs de droite, continue de me surprendre, chaque fois un peu plus. Il y eut d’abord les attaques contre Ségolène, puis le franchissement du Rubicon, le doigt sur la couture, la dette rubis sur l’ongle, et le con de l’autre côté du gué, que Besson franchit à la nage, d’un crawl délié. Puis un ministère. Puis le ministère de l’identité. Puis un poste au bureau exécutif de l’UMP. Puis la reconduite des afghans. Puis l’idée lancée de ce débat sur l’identité française, dont je ne sais pas trop à quoi il pourrait aboutir, m’est parvenu à l’oreille l’idée de chanter au moins une fois par an la Marseillaise (banaliser une date ?). En fait, l’obsession de Besson aujourd’hui, et il l’avoue clairement dans de nombreuses interviews, c’est comme il le dit, de « tuer le FN », de lui savonner la planche, de lui siphonner ses voix. C’est ce qui l’excite (texto, voire sic). “Depuis une semaine, je suis la cible privilégiée. Ca me réjouis. Jean-Marie Le Pen a peut-être compris qu'on va lui piquer définitivement un certain nombre de valeurs qu'il croyait s'être attribuées et qui ne sont pas des valeurs qu'il devrait naturellement porter”. C’est son cheval de Troie et de bataille. Sauf que Besson, pour arriver à ses fins, qui n’en est, je trouve, pas une en soi – car le FN est comme l’hydre de Lerne, le monstre à sept têtes, chacune se régénérant après avoir été tranchée, et dont l'haleine soufflée par les multiples gueules exhale un poison radical, bref, vouloir tuer le FN n’a aucun sens, si celui de se faire mousser comme un Picon bière, donc Besson ne s’interdit rien. Et à propos de ce fameux débat sur l’identité, j’ai beaucoup aimé cette contribution signée Mathieu Potte-Bonneville, philosophe, enseignant, et membre de la revue “Vacarmes”, paru dans Libé avant-hier, où il est dit notamment ces paroles pouvant sembler un peu obscures mais qui s’éclairent dès lors que l’on a lu ce qui précède dans son texte : « C’est pourquoi, à la question «Qu’est-ce qu’être français ?» posée par le ministère de l’Immigration, il ne saurait y avoir dans les mois qui viennent qu’une seule réponse, endurante, ressassée, monotone, obstinée : «Cela ne vous regarde pas». Vous avez perdu le droit de poser cette question au moment même où, liant identité nationale et contrôle de l’immigration, vous avez aménagé le renversement systématique des composantes de la citoyenneté en autant de critères d’exclusion. A cette captation, il ne saurait y avoir de réponse qu’en acte ; libre à vous, lorsque ce temps viendra, d’interpréter la violence de notre refus comme une composante de la «francité». L’article complet : http://www.liberation.fr/societe/0101599904-qu-est-ce-qu-etre-francais-cela-ne-vous-regarde-pas
Donc cela ne regarde pas Besson et Besson doit démissionner.
Gueuler un coup. Contre les antennes du pôle emploi, qui sont fermées le vendredi après-midi, tous les vendredi après-midi, et celles des allocations familiales, fermées durant trois vendredis de novembre à Paris, sans raison explicitée. Evidemment, personne n’est au courant avant de s’être cassé les dents devant une porte close. Ça m’est arrivé vendredi dernier, puis aujourd’hui, à chaque fois, en cinq minutes de temps devant ces bâtiments, j’au vu défiler une dizaine de personnes s’étant déplacées pour venir activer une indemnité de chômage ou déposer un dossier d’APL, bref, des personnes déjà en difficulté a priori investissant de leur temps et de leur énergie pour satisfaire à toutes les démarches des administrations de l’état-providence, qui leur oppose donc, en l’état, ces vendredis après-midi là, une fermeture inopinée, liée à quoi, à des mesures d’économie, au confort de leurs salariés voulant voir leur week-end démarrer le vendredi à midi, ou un raisonnement un peu bancal et infantilisant présumant que ces oisifs ont tous les autres jours de la semaine pour venir quémander leurs indemnités de vie, et que rien ne les astreint à se déplacer le vendredi. 
Le Pole-emploi et la CAF devraient démissionner.

21 octobre, 2009

Tu m’as dit je t’aime/Je t’ai dit attends/ J’allais dire prends-moi/ tu m’as dit va-t’en

Enregistré dans : Non classé — lechatquifume @ 0:50

Vendredi matin, sur le parvis de l’hôtel de ville. Je fais signer un manifeste pour la fondation Abbé Pierre, il pleut à moitié, des grappes de touristes s’égrènent sur cet espace tout minéral, quand un autobus se range, les portes s’ouvrent et les baies dégringolent les unes après les autres, roulent par terre, et finissent par se reformer en grappe, avec des appareils photos en pendentif, tout le monde s’en fout plus ou moins, moi le premier, il y a du café chaud sur le stand, et des gens avec qui prendre du plaisir à discuter, c’est la journée nationale de lutte contre la misère, il y a encore du boulot.
Une dame vient vers moi. Elle me dit, vous trouvez ça normal, j’ai 70 ans, et j’héberge chez moi ma fille qui en a quarante, elle arrive pas à trouver de logement, elle a déposé des dossiers dans toutes les mairies, mais ils lui ont rien donné, alors que j’en connais, dont le cas a été réglé en trois semaines, vous trouvez ça normal ? elle parle vite, avec les mains, et quand même une flammèche dans les yeux , qui sertissent un visage joliment ridé.
Elle est kabyle, arrivée il y a plus de cinquante ans en France, rejoindre son mari rencontré là-bas. Elle dit ; au début, ça été difficile. Les trois premières années en tout cas. A cause du temps, et aussi des gens qui discutent moins, il y avait plus de chaleur en Algérie. Après on s’habitue. On s’habitue à tout. Je lui demande si elle se promène, ou fait des courses, ou quoi. Elle me dit ; oh j’aime bien venir me promener ici, on voit toujours de nouvelles choses qu’on n’avait pas vu avant, elle habite à Clichy et elle est venue en bus. Il est presque midi. Je lui demande si elle rentre pour déjeuner. Elle dit, quand on est vieux, manger ou pas, ça fait pas beaucoup de différence, on s’habitue à tout. Surtout elle dit qu’elle aime se promener, à Clichy ou à Paris, tous les jours, avec son petit chien qu’elle tient en laisse. C’est un petit chien vêtu d’une sorte de blouse à carreaux rouge et blanc, et qui a une petite houppette retenue par un chouchou. Elle le coiffe tous les matins. Elle l’adore, le chien s’appelle Gépéto. Avant, elle raconte qu’elle allait dans les musées, mais maintenant on le laisse plus rentrer, alors elle a arrêté d’aller voir des expositions de peinture, elle préfère marcher sous la pluie avec Gépéto. Tous les jours, je vais me promener, elle dit. Mais vous savez, quand vous êtes vieux, une fois que vous avez fini le ménage le matin, il y a plus grand chose à faire ; faut bien s’occuper. Elle lit plus parce qu’elle a des problèmes de vue,. Elle peut plus trop regarder la télé, non plus. A la fin, je lui demande si son mari est mort. Ça paraît presque évident. Et en fait, non, mais il est vieux, elle dit, et il passe ses journées avec ses copains de bistrot, chacun s’occupe de soi.
Cinquante ans de vie à Clichy.

L’après-midi, le décor a changé. C’est le forum des volontariats internationaux en entreprise. J’y vais pour voir. Il y a là EDF, Areva, Bouygues, Nissan, rien que des entreprises philanthropes. Et comme c’est la crise, et que 800 000 jeunes diplômés viennent d’arriver sur un marché de l’emploi aussi actif qu’un lundi de pentecôte, c’est la grande course à l’échalote, peut être 500 jeunes types et jeunes demoiselles, déguisés en entrepreneurs, ou en cadres, avec costume, attaché case, aftershave, ou tailleur, font la queue comme à la boucherie devant chaque stand pour un entretien avec un obscur chargé de ressources humaines sirotant un café en jetant des regards fatigués sur les CV qui lui sont soumis comme autant de bouteilles à la mer, le speed dating appliqué au recrutement. Moi, je ne sais pas trop, je ne sais plus trop pourquoi je suis venu, j’ai ma veste Daniel Hechter coupe marine acheté dix euros chez un fripier la veille, casual business toujours…Alors, je contemple un peu cette ruche effervescente qui ressemble, il faut bien le dire, à un élevage de poulets en batterie, des poulets qui auraient fait des grandes écoles et qu’on aurait soudain mis à la diète, et je fais la queue pour Veolia Propreté. Une petite nénette m’accuse de lui avoir voler sa place. Je rétrograde à l’arrière de la file. Arrivé devant mon interlocutrice, je lui montre mes diplômes, lui dis que je veux être chargé de projet, et travailler au Brésil. Elle me regarde, me dit que chargé de projet, ça ne veut rien dire, et me demande ce que j’ai appris à l’ESSEC. Comme ça serait trop long à lui expliquer, je lui dit que je suis sensible au sourire perpétuel des cariocas, à leur sens de l’accueil et à leur générosité, à la spontanéité des fêtes de rue, et à la persévérance des paysans sans terre. Elle me dit qu’elle me contactera si un poste se créé au Brésil. Et vite, je file, dehors, il fait froid, il pleut, chevauchant un scooter qu’on m’a prêté, j’ai l’impression de recouvrer la liberté.

 




 

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7 octobre, 2009

Le nu, c’est hype

Enregistré dans : Non classé — lechatquifume @ 13:55

C’était pas en avril visiblement, là où il ne faut pas se découvrir d’un fil, vu qu’on était tous à poil. C’était en octobre, par une belle après-midi d’automne indien, avec un soleil fléchissant sur des corps nus comme des vers. De terre. Des vieux, des tatoués, des au sexe atrophié, des miss monde, des à moitié pudiques se contorsionnant un peu pour masquer ce qui devait l’être, et moi.D’habitude, on vit plutôt habillé. Avec des habits. Ce qui apparaît comme de la normalité. Mais dès lors qu’on se désape, et qu’on est plein, on se sent bien. C’était pas au cap d’Agde, dans un camp naturiste, ni dans un vestiaire de sport collectif, là où sont les normes, mais dans un petit coin du vignoble mâconnais, un samedi après-midi. Samedi dernier. Greenpeace organisait une action de sensibilisation contre l’effet néfaste du changement climatique pour les vins de terroir. La nocivité de l’effet de serre pour le patrimoine viticole, et les sept familles de cépages. Greenpeace a du pognon et ne sait pas toujours quoi en faire. Ce coup-ci, ils ont convié Spencer Tunick, photographe américain connu pour ses photos chorégraphiées de foules dénudées, très beau, voir sur son site, les clichés réalisés sur la grande place du cœur de Mexico, ou sur la banquise.
On est arrivés à Mâcon par des petites routes serpentant dans le vignoble, et puis on est descendu de bagnoles, il a fallu marcher un peu, sur le site de l’action, dans une petite clairière, buffet de jus de fruits biologiques, tri sélectif des déchets, et chiottes sèches, Greenpeace connexion.
A l’entrée, signer une clause de cessation de notre image pour la journée à venir à GP, la clause de non-confidentialité de notre anatomie.
Puis quelques discours, on nous remercie d’être là, on nous explique la portée de ce rassemblement, il y en a déjà un qui a pris les devants, la fleur au bout du fusil, et la bite à l’air, debout, il se balance dans le flot des grands mots prononcés depuis la petite estrade, il semble montrer la voie, avec sa boussole phallique, magnétisée. Et puis les photographes s’en vont, et voilà, il faut y aller, ouvrir les boutons, faire glisser les jeans au sol. Un temps d’arrêt à l’étage de la culotte, le temps d’allumer une cigarette et de se faire à l’idée. Il y a pas d’urgence, nous dit la coordination générale, l’action ne démarre que dans une dizaine de minutes. Il y a pas de petits profits. Oui, mais voilà, tout autour déjà, des sexes s’égosillent, des gens dans leur plus simple appareil, et le morceau de culotte, l’étoffe qui cache la forêt, est déjà ringardisé par ce parti pris du nu, l’hégémonie originelle.
Alors on la retire, et on s’étonne de sentir le vent souffler sur cette partie du corps d’habitude bien isolée (thermiquement), comme sur les cordes d’un violon retiré de son étui, ou dans une flûte hors de son fuseau, on se surprend à être tout nu. Petite musique d’Adam et Eve. Au début, on n’ose pas baisser les yeux sur ce qui attire l’œil, comme le brillant un poisson, c’est la Méduse qui ne transforme pas en pierre, mais qui fait rougir. Il faut peut-être cinq minutes d’acclimatation, à cette station dévêtue, jusqu’à ce que tout rentre dans l’ordre, naturel des choses, celui du genre humain, animal bipède et reproducteur. Après on rigole, on pavoise un peu, on prend le temps d’admirer une épilation aguicheuse, et de porter un regard de sociologue sur l’extraordinaire diversité anatomique de nos semblables différends. On file dans les vignes. Sur le chemin, un journaliste de RTL, qui a fait le choix de l’empathie, traîne le câble de son micro entre ses jambes et interviewe les participants, à poil lui aussi. L’avantage de la radio sur la télé. Une interminable file de gens nus, comme dans un film des frères Larrieu, les derniers jours du monde pourraient ressembler à ça.
Spencer est avec un mégaphone, perché sur une sorte de bras articulé élevé dans les airs, il gueule des consignes à ses collaborateurs, qui placent les figurants.
Tunick est un artiste ; un artiste, ça gueule, ça fait des grands gestes, ça prend son temps, c’est perfectionniste. Une heure et demi comme ça, sous l’œil couveux des photographes de presse juchés sur une remorque agricole.
Enfin, ça y est, c’est l’heure de la prise de vue.
Chaque participant est enjoint de lever haut dans le ciel son bras droit enserrant une boutanche de vin (vide), le cul en l’air, le goulot au sol, parodie sur mode bachique de la statue de la liberté. Il faut cesser de sourire aussi. S.T. prend ses photos à l’argentique. On entend dans le silence de la vigne le bruit du petit opercule qui se lève et de la lumière qui entre et vient percuter de plein fouet la pellicule.

 

 

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Il y aura trois autres prises de vue dans l’après-midi. Les filles seules, s’amusant avec des grappes de raisins. Les garçons, seuls, incarnant la vigne, allongés sur le sol, entrelacs arbitraire de bras, ce corps, comme des sarments, et levant finalement un ballon de verre, trinquant au réchauffement climatique.
18 heures, l’action se termine. On regagne la petite clairière ayant servi de QG où sont gardés les sacs, sous la tonnelle, des bénévoles ouvrent maintenant quelques bouteilles de blanc mâconnais. Enfin !
Alors, avant même de penser à aller s’enfiler dans une culotte, presque tous nous gagnons le coin cocktail, naturellement, allumons une cigarette, et sirotons dans cette posture de légèreté ce petit sirop délicieux. Le soir, on est sur tous les jités

 

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25 septembre, 2009

Le molk’ky fume

Enregistré dans : Non classé — lechatquifume @ 18:45

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A propos des championnats de France de Molkky.
Mais qui connaît le molkky ? Et surtout, le molkky connaîtra t-il le sort illustre d’un Eric Besson, qui, après que Ségolène Royal eut posé la même question, atteignit, par la seule force de sa lâcheté et de sa traîtrise, une cote de notoriété comme un sommet alpin, ou parlant en indice de bruit médiatique, un scooter au pot trafiqué. Peu probable ; le molkky est un jeu raffiné, pas le genre à se laisser considérer comme une prise de guerre, et quand bien même la pétanque ou la boule marseillaise lanceraient des OPA forcément hostiles sur ce jeu offrant d’incontestables signes de parenté, le molkky revendiquerait haut le droit à la différence, à l’asile politique, à disposer de lui-même ; l’histoire ici d’une pétanque sans cochonnet, sans pastis, sans bob Ricard, sans boules ; mais alors quoi ? une pétanque scandinave, où le bois a remplacé le métal, où la bière Lapin Kulta a pris la place de l’anisette, c’est du Nord de l’Europe que s’est radiné le molkky, là où les forêts sont vertes et où les oliviers crèvent.

A mi chemin entre le jeu du palet, la pétanque, et le bowling, le molkky est un jeu d’adresse, de stratégie, de précision, de chance et de et de, pour de vrai un jeu extrêmement drôle, où il convient de renverser un certain nombre de bâtons de bois pour marquer des points, sachant qu’ensuite les quilles sont remises sur pied à l’endroit où elles sont tombées ; à chaque lancer le jeu étant un peu plus sinistré.
Une vidéo en dira plus long sur les règles qu’un discours.

Donc parler ici du molkky parce que se sont déroulés le samedi 12 septembre les premiers championnats de France, auxquels nous avons évidemment été conviés à participer avec un bout de ma parentèle, le geai des chênes qui fume (de l’herbe). Organisés par l’association parisienne « le bâton mouche » qui est en charge de la promotion du jeu, les championnats se sont déroulés dans un boulodrome de la porte de Charenton. Un vrai championnat, avec des arbitres, des droits d’inscription donnant droit à un repas finlandais à base de tartines de pain finlandais tartiné au saumon fumés sur une couverture de crème fraîche et d’aneth, et de saucisses fumées, un tournoi avec des poules, des gens qui pètent les plombs, des mauvais perdant, et des bretonnes, habillées comme des arbres de Noël, avec des tresses, et du coton biologique, armées d’un porte-voix à piles, et inventant des chorégraphies pour fêter leurs quelques succès.

Un samedi donc, à partir de neuf heures du matin ; la veille, Manu Chao renversait la Courneuve. Et nous aussi. C’est pour ça que l’entrée dans la compétition a été compliquée. Les premiers lancés plutôt aléatoires. Lapin Kulta est venu à notre rescousse.
Le geste au lancer s’est affiné. Mais trop tard. Pas assez pour finir dans les quatre premiers de la poule, et s’ouvrir la route des seizièmes de finale.
Je rends ici hommage à mon binôme qui a été incontestablement le maillon fort de notre couple.
Ressasse t-on longtemps une élimination prématurée aux championnats de France de molkky ? A vrai dire, oui, c’est une déception qui ne passe pas comme ça.
L’an prochain, peut-être.

 

15 septembre, 2009

Wagon-bar

Enregistré dans : Non classé — lechatquifume @ 8:31

Wagon-bar d’un TGV qui file qui file qui file le long des plaines picardes, ou bourguignonnes, ça va tellement vite on ne sait plus. Donc après une heure quarante cinq d’atmosphère confinée, savonnée, surannée, smart, luxueuse, où ça sent la dragée, où les hommes d’affaire en goguette prennent la peine de s’éclipser discrètement dans le sas entre les wagons pour répondre à leurs collaborateurs qui les appellent en urgence pour leur annoncer qu’un appel d’offre vient de tomber, évidemment ça ne pouvait pas attendre, ils ont sans doute mis en place à leur profit un système d’alerte directement relié au site Internet du Moniteur, ils apprennent par texto que la municipalité de Thonon-les-Bains souhaite rénover sa piscine selon d’ambitieuses normes environnementales, et qu’ils ont sans doute une bonne carte à jouer.
Alors voilà, quand on en a marre de cette espèce de soupe à la guimauve dans laquelle baigne tout le wagon, où ça sent pas la naphtaline, mais le parfum chic de Paris Vendôme, et ben il y a pas d’autres alternatives (pluriel ou singulier ? Un ami correcteur professionnel, ponctuationniste hors pair (ne veut pas dire – toujours à l’heure, mais, qui différencie les majuscules de la casse), m’a annoncé, oui, qu’il ne pouvait y avoir qu’une alternative, par exemple l’expression « les autres alternatives » est erronée, ce qui se comprend aisément, puisque c’est comme de dire les médicaments médicamenteux, ou les fêtes festives, donc bannissez tous de votre vocabulaire les autres alternatives, et pire, les c’est au jour d’aujourd’hui qui ont pourtant les vents en poupe, car quoi qu’en pense François de Closets, érudit écrivain mais absolument nul en orthographe, je sais pas comment finir cette phrase (ce que je disais un jour au micro de Pierre-Louis Basse sur Europe 1 dans une émission consacrée à l’Europe à laquelle je fus invité en ma qualité d’ancien volontaire européen, dans une association de réinsertion des toxicomanes, pour ceux qui suivent…).
Le problème, ce qui nous guette, c’est ça : la « dérive hygiéniste » (d’ailleurs en passant pour rejoindre le bar, trois asiatiques enfoncés dans leur siège, sur le visage un masque blanc attaché comme un loup, et c’est sans doute à cause de la grippe A (bientôt un post sur la grippe A), mais parce que ce sont des Japonais, on pense au SRAS immédiatement), cette dérive hygiéniste qui a recyclé les vieilles lignes ferroviaires, le vieux matériel roulant, le vieux personnel naviguant, en neuf, que du neuf, du design, de la mode, de l’optimisation, et éviter la fausse note, tout ça coûte une fortune, avec ma carte 12/25, et alors même que je fraude, puisque j’ai 27 ans, 62 Euros le trajet retour simple Mulhouse Paris, de qui se moque t-on, quand les anciennes lignes Corail passant par Troyes et Chaumont s’arrêtent à Belfort, de là 25 Euros et quatre heures pour la capitale, mais pas de jonction jusqu’à Mulhouse, les salauds, ils ont tout prévu.
Alors au wagon on règle des comptes, enfin il y en a quelques uns qui picolent, deux types jurent sur la tête de leur grand-père, s’adressant aux contrôleurs, que voilà, c’est pas tout d’avoir une cravate, et quoi, on va fermer nos gueules une fois de plus, il y a une dame qui ressemble à Marielle de Sarnez, et qui ne tend pas les mains, mais voilà, ces incompétents au service du design industriel ont mis une espèce de barre médiane au milieu de la belle baie vitrée du wagon bar qui empêche étrangement de voir le paysage, comme si il y avait pas d’autres solutions. Les contrôleurs ont radiné, ils ont fini leur petit tour de contrôle, ça a été dur, ils ont soif, ils demandent au barman, très cool, deux verres d’eau, ils se sont fait insulter plus souvent qu’à leur tour, mais voilà, à chacun de payer son tribut.
On arrive à hauteur des premières gares de banlieue, dans ces cas-là mieux vaut être dans le train que sur le quai de ces gares, on pourrait faire du cerf-volant au passage d’un TGV, ou du kite-surf.
Le barman s’étonne que je règle mon café, deux euros quarante, en carte bancaire, mais quoi, j’ai pas de monnaie, faut pas chercher plus loin.
On arrive maintenant, je file à la Courneuve.

8 septembre, 2009

Comme à Voussac

Enregistré dans : Non classé — lechatquifume @ 22:24

Le chat retiré dans sa tanière…dans son terrier…dans sa ruche…dans son nid…ou dans sa litière. Au fait, où se retire un chat, quand il veut s’extraire de la sauvagerie d’un monde qui le contraint à la retraite ? Nulle part, non ? Laissant le trou aux souris, sur un toit. Ou dans une petite maison de l’Allier aux volets rouges battant les vieilles pierres, où il y a un peu d’électricité, un peu d’eau potable, et un peu de réseau mobile, mais pas trop.
C’est un petit coin de campagne dont on taira le nom, parce que la maison est toujours ouverte, et qu’il n’y a pas plus de clé que dans la maison bleue de Maxime (que l’on verra ce dimanche sous le soleil du parc de la Courneuve chanter pour l’humanité toute entière à la fête du même nom). Pas de serrure, pas d’alarme, pas de fils barbelés pour en obstruer l’accès, le seul obstacle à la progression vers l’entrée de cette masure, éventuellement, les hautes herbes, quand les brebis mises en jachère ici par le petit éleveur voisin n’ont pas assez brouté.
On y arrive par le train, jusqu’à Moulins sur Allier. De là un bus assure l’acheminement jusqu’aux Deux chaises, et puis il faut finir à pied. Ou en stop, sur des routes fréquentées comme une université d’été du nouveau centre. Autant dire à pied. Et à la tombée de la nuit, pousser la porte sur son nuage de poussière, entrer là et voir qu’on y sera bien, pour une semaine, pas pour la vie, le temps de recharger des accus, et de faire une cure de solitude, de sommeil, de bleu d’auvergne, production fermière, et de blanc de Saint-Pourçain.
Toutes ces choses qui nous échappent d’habitude ; regarder le feu dans la cheminée. Lire des journaux datés de 2007 avec lesquels on a allumé le feu en question. A l’époque, Ségolène était encore populaire, Strasbourg en D1, et il pleuvait sur la région de Montluçon, et sur tout le Bourbonnais, c’est la Montagne qui le dit. Après aussi, prendre le temps de sortir regarder les étoiles, fouiller dans tous les tiroirs avec l’espérance, finalement déçue, de trouver une clope oubliée, un brin de tabac à rouler, ou pourquoi pas un mégot jauni et mâchouillé, on avait pensé arrêter de fumer, mais l’adversité est bien armée, et c’est comme l’écrivait Burroughs dans le festin nu, parlant de ses manques toxicologiques, c’est comme de vivre avec un singe perché sur son dos, on a finalement réussi à s’endormir sans, un matelas posé à côté de l’âtre.
Le lendemain, et les jours suivants, c’est la même chose, le bien-être se de réveiller avec la lumière d’un soleil rural, la couleur des premiers jours du monde, et puis faire le petit brin de route jusqu’au centre du village, une place, une fontaine, l’épicerie, transformée en bureau de poste, bureau de tabac, bureau des pleurs, et presse, pour lire les nouvelles fraîches du jour, et en fait de la veille, voir qu’il continue de se passer des choses dans le huis-clos des villes, des meurtres sont commis, la grippe A progresse, Fillon désavoué sur la taxe carbone, Escudé qui marque contre son camp, quotidien ordinaire d’un monde en marche.
On espère toujours un flash spécial, un attentat, un avion détourné, une prise d’otages, ou un crash boursier, quand on peut alors écouter France Info toute une après-midi sans qu’on ait l’impression de s’ennuyer, mais d’habitude, avec le flot commun des nouvelles rituelles, on a envie de passer sur Chérie FM au bout d’une heure, la lassitude de la boucle fermée.
C’est là dessus que j’ai travaillé. Sur les boucles fermées. Le recyclage des ressources naturelles, le circuit renouvelable de la gestion des déchets verts (méthanisation), dessinant en ombre le portait chinois d’une éco-cité à Huludao, petite ville aux sols contaminés par les métaux lourds de l’industrie lourde coincé le long d’un bras de mer entre Pékin et Shenyang (regarder sur mappy), travail de commande.
Le soir venu, quand l’envie (ou le courage) de travailler a été un peu délayée au vin blanc sec, on écoute à fond dans le caisson de basses Arno chanter Ferré, Ostende, là où les bières on vous les servait avant qu’on les redemande, un jardin de cocagne, quoi, un pays enchanté…sans se dire qu’on incommode les voisins, vu que de voisins, on n’en a pas, ils sont tous morts, ou sourds, c’est un des villages de la campagne de France où les Anglais n’ont pas encore tout racheté, ni les Hollandais installé leur caravane, c’est un village de vieux, où l’on s’attend à trouver dans l’encrier des pupitres de l’école municipale un fond d’encre durcie.
Le matin suivant, c’est le chat retiré sous sa couette, écoutant France Culture au réveil comme on émerge. Et puis de temps à autre une perle, comme si on mangeait des huîtres avec les doigts.
« D’abord l’élégance, Pierre Etaix. Les auditeurs ne vous voient pas, et pourtant, vous avez une chemise bleue, un blazer d’un bleu un peu plus sombre, et une pochette rouge, vous êtes l’élégance même.
Voix de vieux.
- Oh l’élégance, c’est beaucoup dire
Elle le coupe…
- de style…
- Disons que je ne veux pas faire pitié en vieillissant, voilà… »
Et puis un long silence, c’était Pierre Etaix, assistant de Jacques Tati, répondant au micro de Laure Adler.
Et c’est ainsi que se déroule cette semaine, entre ascèse et ermitage, mais une ascèse avec du vin et du velouté de cèpes, et un ermitage avec France Culture.
A la fin, il faut faire tout ce qu’on n’a pas fait durant la semaine, la vaisselle, récurer, sortir les poubelles, et puis vidanger le chauffe-eau, pour pas qu’il gèle.
Tout en sens inverse. Deux Chaises. Moulins. Paris.
Au fait, aujourd’hui, c’était ma fête.




30 août, 2009

Le Fiat Ducato, la mésange et Michael Jackson

Enregistré dans : Non classé — lechatquifume @ 12:20

Le chat fumait en silence. En Irlande, comme le Général était allé marcher sur la lande avec Yvonne après avoir été débarqué du pouvoir, là où quand il fait chaud, la tourbe, ce substrat noir qui fait le sol des collines de l’Ouest et où se sont décomposées des années de végétation multiple, fume un peu sous l’effet de l’eau qui s’évapore. Le chat revient à la ville avec des poches remplies de souvenirs émus de ces trois semaines passés au monde des idées fixes, des délires et des paranoïas, de la tendresse enfantine, et de la joie toute simple qui ne s’exprime pas par des envolées lyriques, mais par un sourire perpétuel accroché sur les lèvres d’Hubert, presque incapable de communiquer autrement que par des onomatopées, des oui ou des non qu’il rallonge comme une blanche en musique, ooo-uuu-ii, finissant sur une note aiguë, ou des sortes de râles un peu sauvages de Denis, Robinson qui fabrique au sein de son centre de travail adapté des “tillots” et qui a beaucoup aimé la dégustation de “wiki”, sa manière à lui, sous sa barbe épaisse dans lequel il vient toujours enfouir une cigarette roulée, de dire qu’il fabrique des tuyaux et aime le whisky. Ils sont comme des personnages de conte, et certains pourraient incarner les ogres, d’autres les fous, et d’autres les petits lutins qui sortent la nuit, et à la fin du voyage, ils ont tous regagné leurs livres à eux, foyers occupationnels, centres fermés, ou famille sous curatelle, ramenant avec eux un nouveau chapitre, leur part de mystère insondable et quelques jolies babioles d’Irlande qu’on trouve dans toutes les boutiques d’attrape-touristes, des pin’s à l’effigie du trèfle irlandais, des mignonnettes de whisky, des répliques miniatures de la croix celtique, c’est en cela que les personnes handicapées incarnent un peu l’enfance de l’art, pas un seul d’entre eux n’a dénigré ces souvenirs à peu de frais de l’Irlande, ils sont un bon coeur de cible pour les petites Eiffel sous la neige… Pour rire en peu (sans se moquer).
F., la cinquantaine, assez cultivée, schizophrène, fumeuse frénétique qui passe ses journées le nez au sol pour trouver de vieux mégots mâchouillés ou des restes de cigarillos quand elle a dépassé son quota de 10 cigarettes par jour ; “parfois, j’ai l’impression de voler, d’être un peu comme un hirondelle, ou une mésange, je sais pas, c’est assez agréable”.
A. passionné par les utilitaires, qui nous demande si l’on préfère dans la catégorie des utilitaires le Citroën Jumper ou le Fiat Ducato. Comme notre réponse ne lui convient pas tout à fait, il insiste ; “dis que tu préfères le Fiat Ducato, s’il te plaît”. Alors on s’exécute pour calmer son angoisse. 

T. qui sous un verbe facile et une logorrhée inépuisable, masque mal de vrais talents de conteur et surtout d’histoires invraisemblables, ce qui doit être la caractérisation d’un comportement mythomane. Ainsi, parmi ses innombrables “collègues” qui l’accompagnent dans ses rêveries de promeneur pas solitaire pour un sou, plusieurs ont eu des vies incroyables. Il y a celui qui, danseur au début des années 80, s’est retrouvé par hasard à Los Angeles au moment où Michael Jackson enregistrait son clip Thriller et qui a été embauché à l’arrière plan du tournage. Il y a celui qui a gagné le marathon de Paris. Il y a son collègue, handicapé comme lui, qui est sorti avec toutes les beautés des plages marseillaises. Et racontées avec un incroyable aplomb, ces histoires ne manquent pas de piquants. C’est assez drôle quand T. accuse les autres vacanciers de complètement délirer.

 

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Mais voilà, on a pêché avec eux à la mouche dans le Connemara sous une pluie battante, on a dansé au rythme des accordéons et des bodhrans, sur des musiques traditionnelles à l’occasion du SummerFest de Roundstone, on a fêté l’anniversaire de Fred qui a eu pour l’occasion un t-shirt celtique et un paquet de Marlboro, ses bougies plantées sur une plaquette de brownie Brossard au caramel, éteintes par le vent, on a couru après ceux qui s’enfuyaient sans raison, ceux qui se cachaient dans le bateau parce qu’ils avaient le mal de mer, ceux qui prenaient la tangente pour fumer en cachette, on a mangé des verrines de crabe passées au four au Linnane’s pub, un restaurant de fruits de mer dans une petit village de pêche dans le Burren, et il est arrivé que nos différences s’estompe, à la vaisselle, P. est aussi performant que n’importe qui, faut voir à quelle allure il enchaîne les vielles poêles carbonisées, on a passé des vacances ensemble, et après, c’est la même nostalgie qu’après une semaine de vacances en Corse avec des copains…

6 août, 2009

Tea Time

Enregistré dans : Non classé — lechatquifume @ 18:13

Je vous écris du lobby équipé wi-fi de l’Hibernian Hôtel de Kilkenny, devant moi mousse voluptueusement une boisson brune, c’est un cappuccino, je suis enfoncé dans un canapé de cuir, les pieds nus posés sur une épaisse moquette rouge, dehors il pleuvote et je suis tout seul, c’est parfait, voilà, c'est là.

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C’est parfait la solitude quand elle s’apparente à un jour de congé payé, je suis en Irlande pour encadrer un camp de vacances itinérant des Eclaireurs de France, une organisation scoute laïque ! pour quatorze handicapés mentaux de bonne autonomie. Nous sommes quatre accompagnants, les journées commencent à sept heures du matin, par la préparation du petit-déjeuner pour les premiers levés, et s’achèvent la nuit déjà tombée par terre comme la rosée sur l’herbe plus verte qu’ailleurs, d’hôtel en prairie gazonnée, il n’y a que des tapis en Irlande, avec le débriefing collectif, l’occasion d’ouvrir la seule bière de la journée, lorsque tout le monde dort. La fatigue accumulée, la responsabilité sur d’autres corps que le mien, la conduite à gauche d’un fourgon Renault Master de 16m3 sur des routes minuscules; l’ouverture de boîtes de conserve de 5 kilos de betteraves achetées à Métro, tout est nouveau pour moi, et chaque jour passé avec eux une petite leçon de philosophie pratique (et de logistique).
La question de la normalité notamment, qui nous est posée à tous, sans que l’on ait nécessairement l’occasion d’y répondre avec les tripes, trouve des prolongements sidérants, lors d’un voyage comme celui-ci. Buvant un coup dans le bar du ferry allant de Cherbourg à Rosslare avec sept de ceux-là, schizophrènes, débiles légers ou plus lourds, psychotiques, je me suis retrouvé seul animateur, attablé avec eux, leur visage déformé par des tocs, regards fuyants en strabismes divergents, dents manquantes ou casquette Villard-de-Lans sur tenue improbable, et nos boissons fumantes, réglées individuellement avec facturette pour chaque café, car il faut pouvoir justifier de chaque dépense, compter une petite demi-heure à chaque tournée pour la commande. Et je ne peux pas dire que je me suis senti comme eux, mais avec eux, oui, plus qu’avec quiconque à ce moment-là, comme Jean Daniel, dans son bouquin du même nom, avec Camus, je n’étais plus du côté de la serveuse mignonne, de l’homme d’affaire lisant Irish Times, ou du couple de touristes français buvant une bière, pas dans la connivence et encore moins la commisération, mais dans leur monde différent et semblable au nôtre, l’humanité m’apparaissant, c’est con, mais je le dis comme ça, comme une entité unique et solidaire d’elle-même, le même souffle vivant soufflant sur nos vies à tous plus ou moins dégénérées, et tous un peu fêlés, que ce soit plus voyant chez certains relevant du détail, mais enfin il y a bien des gens qui ne sont pas sous curatelle ni reconnus COTOREP et qui pourtant votent pour Le Pen, ou passent leurs vies à faire des études marketing pour le plaisir de quelques actionnaires majoritaires, ou d’autres qui regardent des pornos toute la journée, alors les fous, hein, il y a ceux qui donnent le change et ceux qu’ont pas les moyens, mais derrière le vernis de l’érudition, de la culture et des codes sociaux, ce sont des types comme vous et moi qui aiment rire, taquiner, ou glisser une plume de pigeon dans leur casquette pour ressembler à un Indien.
On ne peut pas s’empêcher de rigoler, souvent.
Il y a A., notamment, 21 ans, qui est passionnément intéressé par tout ce qui touche au feu. Souvent, au détour d’une conversation, et sans raison apparente, sinon celles qui turbinent dans sa tête mais qui nous sont tenues secrètes, il demande ce qu’ont dit les gens au Japon à qui on a envoyé une bombe atomique, ou bien quelle température il fait dans le four d’une aciérie, ou se renseigne sur le Python de la fournaise.
Hier, il me demandait où l’on pouvait trouver des usines de métallurgie ou de soudure en France. Je lui explique un peu le bastion lorrain de l’industrie lourde, et le chômage, les délocalisations en Chine, et conclus en lui disant que la crise n’arrange rien.
Et il me demande alors; qu’est-ce qu’ils font les gens quand il y a la crise ?. Est-ce qu’ils crient ?
Réminiscence de crises paranoïaques ou épileptiques passées, A. ne comprend pas que la crise n’est qu’économique, mais sa remarque est toute sensée, et je me demande moi-même à sa suite ce qu’ont fait les gens à qui l’on a annoncé qu’ils avaient perdu leurs économies placées hasardeusement en bourse, ou leur maison, ou leur emploi, et est-ce qu’ils ont crié, peut-être, A. a sans doute raison.
Il espère pouvoir ramener une fille rousse en France. On verra bien.

20 juillet, 2009

Et surtout bonnes vacances

Enregistré dans : Non classé — lechatquifume @ 10:25

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